Danse thérapie en mots

Danser

may-31

« Danser.

Je ne sais pas très bien à quoi cela tient un danseur. Pourquoi ni comment quelque chose en soi résiste au-delà de tout, au-delà des soucis d’argent, de la solitude, du sentiment d’incompréhension et d’inutilité qui parfois submerge, de la vanité de toute cette énergie consacrée à témoigner d’une certaine vision du monde, d’une exigence ou plutôt d’une soif qui exige en soi. Je ne sais pas. Je sais seulement que je ne peux faire autrement, parce que autrement pour moi, c’est mourir. Or, j’ai choisi la vie.

Je comprends si bien comment par lassitude ou épuisement, les uns après les autres abandonnent et se replient vers l’ordre de la mort. Je connais cet harassement et ce dégoût de la répétition qui vient sans cesse interroger la qualité de notre exigence et de notre dignité d’homme. Et pourtant, ce sont ces intimes fatigues qui vous conduisent progressivement vers la nudité nécessaire à partir de laquelle le vivant peut nous habiter.

Humblement, il m’arrive de perdre courage. Cependant la danse me redresse et me tient. C’est l’unique façon que j’ai de ne pas complètement échouer à tenir cette promesse qu’est la vie, témoignant ainsi de cet absolu à notre portée qui est celui non pas seulement d’être heureux, mais vivant.

Vous parlez comme quelqu’un qui a survécu à un traumatisme et vit uniquement pour témoigner m’a dit un jour un médecin.

Je témoigne de cet absolu, n’en finissant pas de survivre à ce traumatisme qu’est le monde. L’absence de sécurité intérieure où j’ai perpétuellement vécu, m’a « contrainte » à tisser cet incroyable espace spirituel qu’est la danse, où je peux m’en libérer .

Elle m’a permis de me construire sur mes propres ruines dont chaque fragment m’appartient. Je suis entrée dans le plaisir intense d’accéder à ma propre vérité. Je sais désormais à quel point la vérité rend heureux et que chercher la sienne c’est aussi dévoiler celle des autres.

Danser seul me donne la légitimité d’être.

Je n’en ai aucune autre.

Cette part inaltérable en moi, personne ne peut la posséder, y compris moi même, elle m’ouvre un accès continuel à la connaissance qui est, à mes yeux, un autre nom de l’amour »

Lorette Nobercourt (ici, le verbe « danser » vient remplacer le sien qui est « écrire »)

 

Danse petit homme, danse

« L’appel de ton âme »

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Il a passé ses 25° années en colère. Non celle sourde, prête à sortir au moindre dérapage, mais celle explosive, vivace et bien visible. Son corps est bien fait, homogène, sportif mais il le trahit très vite au moindre sentiment d’injustice et…tout est injustice. Ainsi il se crispe, se ferme, son visage se tend et se transforme, ses yeux sont méconnaissables et révèlent un étranger. Sur un acte anodin pour certains, c’est toute son histoire qui est prête à exploser, il n’est que haine et incohérence. Pourtant, au creux de lui, c’est tout a fait logique, il en est convaincu, il est en train de vivre une injustice et comment ne pas la dénoncer !? Qui le ferait? Nous ne devons pas rester ainsi impassible sous prétexte de conduites bienséantes !! Il en est persuadé. Son attitude est juste. Justifiée. Justifiable.

Parfois, il ne se l’explique pas lui même. C’est une tension envahissante qui prend tout son être et plus rien ni personne ne peut l’arrêter. La colère gronde et doit sortir, pas d’autre issue possible. Des interstices ça et là, des bribes de conscience qui lui soufflent qu’il va trop loin, mais le mal est plus fort, le mal a raison de lui, c’est au-delà de la raison et de toute forme de compréhension, c’est inscrit dans le corps, c’est réactivé, c’est inévitable. Il souhaite se venger du monde et surtout de lui même.

Il en a vaguement conscience et se conforte dans une sorte de déni. Il est fort. Il n’a pas besoin de psy. Il a lu quelque part qu’on peut être « résilient » et c’est ce qu’il choisit.

Il passe ses 1°années à tout casser, tout détruire. Le monde matériel mais aussi les relations qui veulent prendre soin de lui. Il a une histoire qui tient la route, une sacrée histoire qu’il ne cesse de proclamer haut et fort pour qu’on s’occupe de lui, qu’on s’attendrisse, qu’on l’excuse ; une histoire qui justifie ses pétages de plombs, ses colères et ses violences.

Il se perd dans la drogue, il se perd dans le mensonge, il ne voit pas qu’il manipule, il ne voit pas qu’il terrorise, il ne voit pas qu’il se détruit, il ne voit pas le mal crée, il a une histoire qui tient la route et qui dit sa souffrance, c’est suffisant. Il a été une victime et il le restera, cela lui semble plus confortable que de regarder un peu mieux, différemment, au fond de soi ; que de soulever le couvercle en mode cocotte minute et d’opérer une déconstruction. Avanti !

Son allure sportive et ce groove qu’il a naturellement en lui, attirent les yeux de chorégraphes qui croisent son chemin. « Vous êtes danseur ? » – « Non pas du tout ! » – « Ha bon ? Vous devriez essayer, il y a quelque chose…en tous cas, lorsque ça sortira, il y aura quelque chose » – « ha »

Ça et juste Ça, cet échange, est une agression pour lui. De toute façon, tout devient très vite intrusif. « Non mais je rêve ! Il m’a vu !? Moi, danseur ! Et puis quoi encore ! j’ai que ça à foutre de ma vie ! Danser ! »

Il ne tient pas en place.

Il a faim de neuf, de mouvement permanent, de rencontre. Lui ce qu’il souhaite, c’est se barrer de Babylone et basta ! Il croit fermement que quitter ce pays lui ôtera cette colère qui gronde et qui se réveille à tous les coins de rue. Tous ces systèmes, toutes ces incohérences, ce sentiment d’enfermement, tout ce béton, il n’en veut plus ; Il a soif de voyage et d’espace, soif de marcher pieds nus et de se réveiller dans tous les jardins du monde. Il ne pense qu’à quitter, il ne pense qu’à fuir, s’oublier dans les plaisirs de la vie abusivement et vivre tous ses rêves dans un élan dangereux de Carpediem à outrance.

Il s’offre de nombreuses années d’exil, tout semble plus simple, moins angoissant, il se sent à sa place, enfin.

Tous ces pays répondent à ses rêves malsains de voyeurisme. Il prend ses 1° claques « occidentales » et chacune de ses rencontres le rendent de plus en plus minuscule. Qu’a-t-il besoin de découvrir, de voir absolument là bas ? Cette soif de dépaysement l’écœure. Il se doit de revisiter ses motivations et donner un sens à ses voyages. Il a le goût des autres et des itinéraires. Il se sent aimanté par tous ces destins de vie, ces histoires improbables qui viennent se greffer à la sienne : Qui est-il ? A quoi cela tient-il d’être naît ici ou là ?

Il est absorbé par les cultures, leurs rituels de danse tantôt qui célèbrent tantôt qui permettent un exutoire. La danse et la musique sont omniprésentes dans chacun des pays qu’il traverse. Il sent la vie qui circule à nouveau en lui, il sent cet apaisement dans le corps où chacune de ses cellules vibrent le son lointain de ses racines. Il y a dans ces moments de vie un cadeau inestimable, celui de lui offrir du sens à sa présence, ici sur cette terre. Il sent pour une fois, cet endroit où apaisement et évidence sont possibles.

L’orgueil le ronge, la peur le tient, l’étau se referme peu à peu et son personnage tient de moins en moins la route, mais dans un élan surhumain, il maintient le cap ! Il préfère dépenser une énergie magnifique à paraître, ça en est bluffant. Il oublie très vite ce que la musique et la danse lui procurent et préfère retomber dans ses vieux schémas qui nourrissent la victime qu’il est. Non. Il ne sait pas nourrir le beau. On ne lui a pas appris.

Pourtant, il se laisse emmener dans un cours de danse africaine par son amie. Pour une fois, il ne bataille pas ; pour une fois, il range son personnage réac’. Il a certes envie de lui faire plaisir mais le fait qu’il y ait des percussions en live éveille sa curiosité.

Il est de ces moments où l’on se sent happé par une force qui nous dépasse et qui semble nous gouverner. Il apprendra avec la danse qu’on appelle cela « l’intuition ».

La rencontre se fait. Enfin.

Il n’est plus spectateur, il est dans le mouvement ; il laisse son corps se mouvoir au rythme des percussions, sensation de ne plus rien contrôler et de toujours avoir su. Son visage irradie comme jamais, il prend conscience de ses zygomatiques, de son souffle, de ce cœur qui bat la chamade, de ce sol, là, sous ses pieds. Il s’est beaucoup drogué et connaît bien ces états d’extases, mais là, ce qu’il vit, est procuré par le seul son du tambour et de son corps dansant. Il ressent une déchirure au niveau de son thorax, il ne peut retenir ses larmes de joie et de douleur. Il a mal partout, il court vomir de ce trop plein. Les autres n’existent plus pour une fois. Ce qu’ils peuvent penser lui passe au dessus pour une fois. Tout est plus fort pour une fois.

Il a toujours eu cette sensation de marcher à côté de son corps, de flotter au dessus du sol. Il était très au fait de son apparence physique, des formes qui semblaient plaire mais il n’avait jamais ressenti si fortement la vie puissante de ses tissus, l’existence de ses os, la contraction de ses muscles. Il n’avait jamais mesurer la vie en lui, qu’il y avait tout un monde, là aussi, pas uniquement un monde extérieur qui dicte ses pas. Il réalise qu’il peut lui même déclencher cette molécule du plaisir. En dansant, il se réapproprie son corps, il apaise sa tête qui tourne à plein régime, il a une raison d’être. Alors, secrètement, il fait un vœu et se fait la promesse d’apprendre et comprendre les rouages de ce merveilleux véhicule, non pour devenir danseur professionnel, il est trop tard pour cela, mais il sent que sa thérapie passera par là. Sa colère gronde à nouveau de cette rencontre nécessaire tardive…Comment cela est-il possible ? Pourquoi nous couper de tout tout le temps ? Qu’elle est le sens de cette course folle vers l’éternité ? Cette fuite en avant de notre propre mortalité ?

La danse le rend vivant. La danse l’ancre, prometteuse pourtant d’extases.

Il sait que la nature et ses éléments lui donnent des réponses. Il sent que la danse sera un outil précieux de son existence, et à présent qu’elle lui a permis de retirer le couvercle, il sait qu’il doit apprendre à faire face à ses émotions. Les identifier, les libérer et les transformer. Il sait qu’il doit donc apprendre la patience et que la danse sera son meilleure alliée.

Le corps ne triche pas. Le corps est notre mémoire, notre présent ; il est porteur de message pour un avenir aligné et authentique.

Ainsi, telle une rencontre qui nous révèle, la danse est venue appuyer sur ses impatiences, ses résistances, ses démons, sa colère, sa rage, son inauthenticité, ses intransigeances, ses excès, ses dépendances, ses violences, ses mensonges, ses manipulations, sa dépression, ses somatisations, ses fuites, ses irresponsabilités, ses immaturités, ses pleures, ses peurs…bref…toute son humanité qu’il a passé tant d’années à enterrer parce que jugée trop ou pas assez ceci ou cela. La danse est venue mettre un coup de pied dans son armure, cette carapace inutile ; La danse est venue révéler un homme dans ses valeurs oubliées en le sommant d’être loyal, authentique, responsable, mature, entier, bienveillant, aimant et surtout d’oublier toutes ses vilaines certitudes…Déconstruire, apprendre à désapprendre, sortir de ce rôle si confortable de victime et se découvrir autonome et responsable, créateur de sa vie.

C’est un processus long, sans fin, mais la danse sera toujours là. Il a appris à écouter son corps. Il a appris à affiner cette écoute précieuse et à se laisser guider. Grâce au mouvement, il a pu entamer le processus de la guérison et affronter ses propres démons, revoir son histoire ; qu’elle soit révélatrice ou guérisseuse, la danse l’aide à porter un nouveau regard et à éclairer les angles morts.

Il n’a plus peur. Il est.

 

Corps repliés, corps déployés: M

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M.arrive en ce début d’après midi. Son pas est lourd, ses épaules sont lasses et rentrent en dedans, sa tête semble peser une tonne et ses yeux suivent le sol comme pour être sûre qu’elle ne tombera pas. Elle tente un regard vers moi, chuchote un « bonjour » et d’un coup, elle réalise.

Elle réalise sa présence, le pourquoi de sa venue et, sans pour autant redresser son corps, son visage me fait face et ses lèvres émettent un « Non, là, vraiment Clémentine, j’ai pas du tout envie. Je vais pas y arriver, je me sens lourde, je sais même pas pourquoi je suis venue ! ».

La lassitude qui l’habillait laisse place à une conviction à laquelle je pourrais moi même croire. Tout son corps se tend, son visage se crispe et retrouve ses tiques de la nervosité. M. tente de me convaincre un peu plus dans un bégaiement qui caractérise ces moments si particulier.

M. va commencer son atelier d’expression corporelle.

On se voit tous les 15j depuis plus d’un an, et, depuis plus d’un an, M. me dit combien elle n’a pas envie et qu’elle ne sait vraiment pas pourquoi elle est là. Je souris. Je lui souris et m’approche d’elle. Je pose mes mains sur ses épaules, y exerce une pression avec mes pouces pour dénouer ses petits muscles que je sens si tendus. Mes yeux rencontrent enfin les siens et je la crois : venir lui a demandé un effort considérable.

Même si le cours a lieu l’après midi, cela suppose un levé obligatoire et plus tôt que prévu. M. se connaît bien. Elle se connaît parfaitement et sait le temps que cela lui prendra de se sentir capable de sortir de chez elle.

Il faut d’abord qu’elle se prépare et se lève et ça et juste ça, c’est compliqué. Sortir de son état cotonneux, ressaisir son corps endolori par les médicaments, ce traitement si lourd lorsqu’on est schizophrène. Revenir malgré soi à cette réalité que l’on cherche à fuir coûte que coûte. « Elles me fatiguent en ce moment si tu savais ! J’en peux plus de ces voix Clémentine et en même temps, elles me font bien rire ! »

M. finit toujours par accepter ce nouveau jour qui s’annonce, mais aujourd’hui, elle doit retourner à la clinique pour son cours d’expression corporelle. Fait chier !

Elle a prévu le coup et ainsi, elle passera les 2 prochaines heures qui lui restent avant de prendre son bus à vérifier. Oui, vérifier. Vérifier que les cigarettes dans le cendrier sont bien éteintes, vérifier le gaz, vérifier que les fenêtres sont bien fermées, vérifier que les cigarettes dans le cendrier sont bien éteintes, vérifier le gaz, vérifier que les fenêtres sont bien fermées, vérifier l’arrivée d’eau, vérifier que les cigarettes dans le cendrier sont bien éteintes, vérifier le gaz, vérifier que les fenêtres sont bien fermées, vérifier l’arrivée d’eau, vérifier que les cigarettes dans le cendrier sont bien éteintes, finalement sortir le cendrier, vérifier le gaz, vérifier, vérifier, vérifier.

Quand elle sort enfin, elle ne peut s’empêcher de revenir chez elle et recommence à vérifier tout ce qu’elle a déjà vérifié.

M. arrive à son cours d’expression corporelle et M. n’a plus envie, elle est épuisée, ce triste jeu l’a éreinté et encore plus la conscience qu’elle en a. « Non, c’est vrai. Aujourd’hui j’ai vraiment pas envie. »

Nous rentrons dans la salle. Chacune se prépare et se retrouve vite sur les tatamis. M.n’est pas là. Comme tous les lundis, elle s’est éclipsée dans les toilettes. Elle revient dans la salle en soufflant, on sent dans son corps un agacement, ses membres semblent plus alertes mais un tantinet agacés.

J’expose le déroulé de notre atelier aux autres participantes.

M. ne nous quitte pas des yeux et on y lit effectivement cette interrogation journalière qui dit : « mais qu’est ce que je fouts là ? ». Comme tous les lundis, M. sort son sandwich acheté au coin d’une rue. Elle commence à le manger sans s’affoler du cours qui commence. Puis, dans un temps que seule M. connaît, son sandwich est avalé, digéré et M. est déjà avec nous sur les tatamis.

Son corps replié n’est plus. A présent il dit le combat qu’il va livrer, tel celui d’un boxer montant sur le ring. On sent une lutte mais pas une résistance. On sent une lutte, celle des combats qu’on se livre à soi même et aussi un « ok, je suis prête » mais ses yeux disent toujours la même chose…

L’échauffement est le moment le plus important, celui où je ne dois pas me louper. Soit je capte leur attention et les amène dans ces sphères insoupçonnées que le mouvement peut créer, soit je m’enlise avec elle dans ces yeux qui disent « qu’est ce que je fouts là ?».

On se concentre sur la respiration, on essaie un relâchement du corps dans sa globalité, on l’étire, on le masse, on le réaligne ; on se reconnecte à lui et on se souvient de sa présence.

Parfois, l’effet est immédiat et M.se remémore très vite le pourquoi de sa présence et s’en réjouit. Parfois, c’est un recentrage qui demande trop d’effort et tout ce bruit en elle l’agace plus que ça ne l’apaise. M. sort donc du groupe, s’assoit sur le banc et nous interroge avec ses yeux. Pourtant, le combat qu’elle semble se livrer à elle même, la pousse toujours à réinvestir le groupe et donc son corps.

L’univers musical a souvent eu raison de M.

Il la transporte.

Entre lutte et effort son corps esquisse des formes. Celles qu’il a l’habitude de faire dans un premier temps.

Cette autorisation nous permet à nous aussi de respirer, nous pouvons voyager toutes ensemble.

Vient alors le moment du laisser faire. Ce moment si particulier où notre tête ne gouverne plus les corps. Le corps a repris ses droits, les mots s’écrasent.

M. danse.

M. danse et ne pense plus.

Les mouvements s’enchaînent librement et sortent parfois par a-coup ; c’est son âme qui danse, son corps qui a (re)pris les rênes.

Quand la musique s’arrête, M. sourit.

Son buste s’est redressé, ses épaules se sont ouvertes, elle semble plus grande en taille. La peau de son visage est détendu, coloré, vivante et surtout, les yeux de M. ne disent plus la même chose.

M. est fière, M. ne veut plus s’arrêter.

La magie s’est opérée et elle est comme toujours, insaisissable.

Seuls les corps et les visages témoignent de ce changement radical.

Je me fais une promesse de partager un jour l’impact formidable du mouvement et me répète combien il serait merveilleux de photographier les corps avant et après la pratique.

Oui.

Nous clôturons la séance par un temps de relaxation ou de massage.

Les barrières sont tombées, le toucher n’apparaît plus comme inaccessible, le mouvement nous laisse entrevoir tous les possibles.

On a crée de l’espace à l’intérieur de nos corps endoloris, on sent cette douce énergie circuler librement et nos petites voix prennent moins de place qu’il y a une heure.

Du coup, les langues se délient, nous mettons plus aisément des mots sur nos maux, nous nous permettons des blagues et nous nous étonnons sans cesse de tout ce que ce corps a bien pu faire.

M.ne cesse de répéter des « c’est déjà fini !? » et, entre deux éclats de rire, nous dit combien ça lui a fait du bien.

M. repart.

M repart et je me souviens, un peu plus à chaque fois de cette expérience formidable que nous éprouvons ; Cette expérience du corps replié au corps déployé.

Merci M.

Moi-peau

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Le Moi-Peau d’Anzieu vient nous questionner sur notre aspect relationnel et identitaire en révélant ce système d’un point de vue sensoriel, contenant, limitant et caractéristique de qui nous sommes. C’est en effet, par ma peau que je ressens le chaud, le froid, l’air, un frôlement; c’est ma peau qui frissonne ou qui se tend, s’ouvre au dehors, à l’espace, aux autres. Dans son aspect contenant, elle vient signifier une limite infime entre mon dedans, ce qui s’y passe et ce que je donne à voir ou accepte de donner à l’extérieur. Elle protège mon intériorité et elle dit aussi qui je suis par sa texture, sa couleur, sa densité, ses empruntes et cicatrices. Bref. Elle ne cesse de me donner des informations, en permanence et se modifie à chaque instant, au moindre mouvement.

Aller à sa rencontre est venue nous donner une expérience supplémentaire de ma propre individualité au sein du groupe, des limites qu’elle propose et que je suis seul.e à maîtriser. Cela revient à questionner nos besoins fondamentaux mais aussi affiner l’écoute des messages que notre corps ne cesse de nous envoyer. Ainsi, je suis en mesure d’identifier instantanément mes besoins du moment qui demandent un nécessaire repli sur soi ou au contraire une ouverture à l’autre qui vient me nourrir, me révéler.

Qu’en est-il de l’entre deux? Cette frontière entre repli sur soi et  besoin de contact? Devons nous cloisonner nos attitudes et être l’un ou l’autre? Ainsi, comment être l’un et l’autre?

Voici ce que nous avons pu explorer lors de notre dernier atelier mensuel en danse thérapie. Nous nous sommes aperçus qu’il est souvent difficile d’agir en conformité avec notre ressenti mais au final…La voie (x) du cœur, l’intuition de notre cœur et l’instinct qui émerge des profondeurs de notre corps est venu nous rappeler ceci: La sagesse de nos corps sait et c’est une vérité qui demande d’avoir pour soi de l’estime, de l’amour et de la confiance.

Nous nous sommes appuyés sur ce beau texte de Jeanne Bennameur (étoffé pour l’occasion), comme une emprunte…et nous avons dansé, crée, révélé…C’était dense et beau, encore…

SAUVER SA PEAU

« Quand j’écris, (danse, dessine) je sauve ma peau.

Palpitante.

C’est la seule frontière au monde acceptable.

Celle qui respire entre le dedans et le dehors.

Vibrante.

Quand j’écris (danse, dessine) je la garde vivante pour pouvoir aller dans le monde.

La peau ne protège de rien.

Je sauve ma peau en (dansant) en lisant, en écrivant, en dessinant…(et tant de pratiques artistiques et créatives.)

La puissance des mots (et du mouvement) me donne force.

(Les arts sont là pour ça) pour que notre peau reste cette limite, fragile, à peine suffisante.

Les murs, les barbelés, les contrôles et les armes ne protègent pas.

Ils séparent c’est tout

Notre peau nous relie.

Notre seule vaillance c’est accepter de ne pas rester intact-es, que nos vies se côtoient, se heurtent ou s’éloignent.

Mais c’est dans ce mouvement que nous vivons.

Peau à peau.

Au risque de l’altération.

Toujours.

Sans ce risque, aucune altérité véritable

Sans ce risque aucune humanité véritable.

Je veux continuer à sentir le monde, être traversée, transformée par la vie des autres, leurs joies, leurs colères comme je suis traversée par le souffle de l’océan de la mer de Lybie.

Alors j’écris (je danse, je crée…)

J’y passe ma vie et c’est ma liberté. Quand je peux partager, c’est ma joie.

Aujourd’hui, plus que jamais, sauvons nos peaux d’hommes , de femmes.

Gardons-les libres, fragiles, éphémères. Il n’y a pas d’autres façons de vivre ensemble.

Chaque vie comme un poème précieux, imparfait.

A tenter chaque jour. »

JEANNE BENNAMEUR

 

Le vent qui nous traverse

danse et arbre

Chercher au fond de soi ce qui fait « oui » et l’inviter chaque jour dans son quotidien. C’est comme apprendre à marcher, à parler, nous dire, aimer… Curieux (ré)apprentissage mais au combien passionnant autant que déroutant; Une forme de reconditionnement pour œuvrer chaque jour dans le sens du soi et de la douceur et ancrer véritablement qui nous sommes. Cela peut être long, c’est selon.

Mère Nature est divine en cela et m’aide à dompter mes impatiences. Elle m’offre des éléments inspirants, puissants et ainsi, j’accède à des immensités qui offrent à mon corps une sensation de « ré-union », où toutes les polarités peuvent exister et se vivre ensemble…Danser l’ Eau,  la Terre,  le Feu, le Bois, l’ Air et le Métal…danser pour, danser avec… Il y a ce que je ressens, leurs symboliques et l’histoire que je me raconte avec eux… mais il y a aussi un mouvement, un abandon, un « être avec  » qui m’offre une danse de l’instant, aux formes libres qui sont ce qu’elles doivent être. Danser avec les éléments et les laisser maître de mes mouvements, apprendre de leurs puissances et permettre à mon corps de les vivre. Le vent écossais aura été un merveilleux terrain expérimental. Et curieusement, le vent écossais est venu réveiller une danse de l’enracinement, une qui semble chercher ses propres racines…Gratitude douce Ecosse. J’ai aimé découvrir une danse différemment colorée, différemment savoureuse, incroyablement spontanée. Jules Beaucarne ne m’a pas quitté🕊 avec son Femmes et hommes, merci :

« Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents
Ne vous laissez pas attacher
Ne permettez pas qu’on fasse sur vous
Des rêves impossibles
On est en amour avec vous
Tant que vous correspondez au rêve que l’on a fait sur vous
Alors le fleuve Amour coule tranquille
Les jours sont heureux sous les marronniers mauves
Mais s’il vous arrive de ne plus être
Ce personnage qui marchait dans le rêve
Alors soufflent les vents contraires
Le bateau tangue, la voile se déchire
On met les canots à la mer
Les mots d’amour deviennent des mots couteaux
Qu’on vous enfonce dans le cœur
La personne qui hier vous chérissait
Aujourd’hui vous hait.
La personne qui avait une si belle oreille
Pour vous écouter pleurer et rire
Ne peut plus supporter le son de votre voix
Plus rien n’est négociable
On a jeté votre valise par la fenêtre
Il pleut et vous remontez la rue
Dans votre pardessus noir
Est-ce aimer que de vouloir que l’autre
Quitte sa propre route et son propre voyage ?
Est-ce aimer que d’enfermer l’autre
Dans la prison de son propre rêve ?
Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents
Ne vous laissez pas rêver par quelqu’un d’autre que vous-même
Chacun a son chemin qu’il est seul parfois à comprendre
Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Si nous pouvions être d’abord toutes et tous
Et avant tout et premièrement
Des amants de la Vie
Alors nous ne serions plus ces éternels questionneurs, ces éternels mendiants
Qui perdent tant d’énergie et tant de temps
À attendre des autres, des signes, des baisers, de la reconnaissance
Si nous étions avant tout et premièrement des amants de la Vie
Tout nous serait cadeau, nous ne serions jamais déçus
On ne peut se permettre de rêver que sur soi-même
Moi seul connais le chemin qui conduit au bout de mon chemin
Chacun est dans sa vie et dans sa peau
À chacun sa texture, son tissage et ses mots »

Impermanence mon amour

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On a parfois ce sentiment que tout se fige et nous observons toutes nos résistances à l’œuvre. Les transitions sont inconfortables mais quels tremplins magnifiques pour une vie plus alignée à qui nous sommes. Apprenons à les aimer, elles sont le gardien de notre âme; elles nous permettent d’affiner l’écoute des messages envoyés par notre corps et ainsi de l’honorer, un peu plus, chaque jour.
J’aime cette vague de la transformation qui vient nous murmurer la puissance de l’Impermanence. Merci 🧡

 

Espace intermédiaire

Transition détachement renoncement nécessaire deuil profond changement nettoyage tri âme à nue s’acclimater assimiler désarroi tournant tremplin libérateur vague de la transformation tempête idéale bulle d’enfermement…Une fermeture qui ne va pas sans ouverture et dont nous seuls détenons les clés.

« Un espace pour devenir conscient des mouvements de guérison que ce soit en nous ou dans le collectif » 

Le-funambule-©-Sylvie-Huet

L’espace transitionnel, l’espace intermédiaire…le trait d’union entre le moment du choc et celui de l’acceptation…un inconfort qui marque nos premiers pas vers l’intégration…cadeau de Dame Expérience.
Cet espace pour aller vers un nouvel espace; Cet espace où nous sommes sans réponses et où seule notre intuition guide nos pas…une des façons de devenir plus sensorielle et affiner toujours, l’écoute de notre corps; Un moment privilégié que l’on tisse avec les voix de notre âme. Que crie notre âme? Que nous dit elle? Dans quel endroit de mon corps trouve t-elle refuge? Ne nous invite t-elle pas à créer, créer plus d’harmonie, créer plus d’équilibre et ainsi plus de joie?
C’est un espace riche, entre renoncements nécessaires des certitudes/croyances erronées ou limitantes et la naissance de prises de conscience ; Or, à ce moment là, si nous savons, nous ne pouvons pas forcément.
Le corps se fige, il digère et transmute. C’est inconfortable et douloureux.
A ce moment là, seule ma foi en l’impermanence nourrit mes parts blessées et seul un retour au corps et à la matière me permet de tenir.
La danse nourrit mes impatiences, la danse affine ma conscience corporelle et m’ouvre ce formidable espace du non-agir…parce que mon corps ne me trompe pas, non, il ne triche pas; parce que mon corps a toujours su et qu’il est le seul à pouvoir me dire ce qui est juste et bon pour moi; parce que mon corps est le témoin du temps présent.
Aujourd’hui, plus que jamais, c’est en lui que je trouve refuge. Aujourd’hui, plus que jamais, je le laisse m’indiquer les voies de la guérison.

 

Equilibre

La voie du milieu …

« Situations où les forces en présence sont égales ou telles qu’aucunes ne surpassent les autres »(Wikipédia)…

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C’est aussi la rencontre avec tous les possibles, où l’un ne peut exister sans l’autre et où l’un revalorise l’autre. Danser avec le tambour et danser avec les bols; danser la terre et l’eau, la (re)naissance et la mort; danser ma joie et ma tristesse…danser ce qui est et laisser mon corps prendre les commandes afin d’équilibrer un mental trop présent et/ou des émotions trop envahissantes…et trouver dans la danse le parfait trait d’union prometteur d’équilibre. Avec le mouvement, mon corps se fait le gardien du juste et me propose de vivre pleinement mes polarités en les faisant exister ensemble sans chercher à en condamner/ focaliser tantôt une, tantôt une autre. Je remercie un peu plus chaque jour cette permission d’être que la danse m’offre…
Dansons, dansons, dansons…❤…laissons le corps nous dire, laissons le nous révéler.

Oser

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« J’entends le thème du jour et tout s’effondre en moi même. Je suis en veille et m’engage dans les exercices proposés. Je ressens fortement ma stabilité et cette résonance entre mon occiput et mon coccyx. Chacune de mes vertèbres y réagis fortement et je découvre ma propre fiabilité. J’accepte aussi cette découverte de l’espace et tous ces déplacements en groupe sont comme pour mieux éprouver le déploiement de mes ailes lorsque l’espace s’ouvre. Entre espace proche, très, trop proche, j’apprécie ma liberté retrouvée lorsque les gens s’éloignent.

Le groupe me révèle d’abord dans mes inconforts ; il sait être un excellent indicateur de mes carapaces, de mes doutes, de mes peurs. Il me rappelle mes propres empêchements, mon auto-sabotage. J’observe l’ensemble des questions qui me traversent et m’envahissent. Je vois combien elles gagnent du terrain et je leur donne malgré moi du crédit. Avec cela, le mouvement est difficile. Je suis dans la retenue, la crainte et le contrôle. Je tente en vain de répondre à toutes ces questions inutiles et irrationnelles tout en essayant la danse. Ça flotte, c’est hésitant, mes appuis sont instables et je ne vais pas au bout de mes gestes. Je me sens en alerte et dans le même temps peu présente à ce qui est.

Le groupe a cette influence sur moi. J’essaie de le suivre, de coller mes formes à l’ensemble et ainsi de ne pas trop me différencier. Je cherche une harmonie et observe comment mon corps peut se satisfaire de ce compromis.

Mais très vite, telle une vague inattendue, la magie du groupe prend le dessus. Elle me nettoie instantanément de toutes mes peurs et me transporte dans cet inconnu, ce que je ne saurais imaginer. C’est une sorte d’égrégore, un tsunami de bienveillance, une averse d’amour qui me prend. Je m’en remets à elle. Je décide de faire confiance au groupe , je décide de me faire confiance et de laisser être ce qui doit être. Nous co-créons instantanément dans l’ici et le maintenant ; Chaque geste, chaque respiration, à un impact fort sur cette création d’ensemble, pourtant, les réponses corporelle offertes ne sont qu’improvisation. Mon corps s’ajuste à cet endroit de la salle où à ce contact et donne à voir un mouvement qui m’échappe. Je sais à cet instant que si j’avais dansé pour moi je n’aurais pas utilisé cette partie là du corps. Les influences extérieures sollicitent des parties de moi en résistance et je suis étonnée et agréablement surprise de ma capacité à saisir le flux et à m’y abandonner, confiante. Sereine. Incroyable nourriture. Ce plongeon dans le moment présent est une respiration. Un cadeau délicieux.

Je prends la mesure de la notion de lâcher prise et m’abandonne complètement. Je m’en remets à cette force, tout devient création, nos corps à l’unisson écrivent ce merveilleux poème de l’instant.

Je me fais la promesse de rejouer dehors ce qu’il s’est joué ici et de me laisser porter par le flux qui se présente, en confiance car tout est juste.

Je voyage allègrement entre la bienveillance et le partage de nos joies, et j’accède dès que je le décide, à mes propres trésors qui ne demandent qu’à briller. Je prends ma place, je me positionne et me permets d’être ; j’accède à ma propre beauté dénuée de toutes ses peurs. Je peux être moi et me mouvoir, là. …sans savoir où le chemin me mène mais convaincue que je peux le suivre. Je peux crier, je peux me dire, je peux laisser mon corps reprendre ses droits et remplir l’espace, avec et sans les autres. Oui. Je me fais cette promesse. Ce qu’il s’est joué ici je me l’autoriserais à l’extérieur. Je somme mon corps et mon âme de garder en mémoire cette révélation. »

Mesdames, messieurs ces 2 ateliers étaient de toute beauté. Encore. Faire l’expérience de sa propre richesse et de celle du groupe était un vrai cadeau, pour vous et pour moi-même . Ces ateliers de libre expression et de permission d’être sont des sas incommensurable de bonheur et de joie immense. Continuons de créer. Continuons de nous dire avec le corps et continuons de nous en remettre à ce qui doit être. Dansons librement et infiniment car, toujours, la magie saura opérer.

Choralité et individuation

sankai-juku-2Entre repli et ouverture, il y a le groupe et « moi ».

Tous ces autres…C’est prendre conscience de cette nécessaire présence pour être et se réaliser, c’est se saisir de cette force et de cette profonde humanité qui sait si bien nous envelopper.
Puis, il y a « Moi »…A quel moment puis je me saisir de mes propres signaux? Ceux qui me dictent un nécessaire repli, une écoute active de mes propres besoins…Comment me positionner par rapport à ce groupe pourtant bienveillant? Comment participer à cet élan de vie sans ressentir une forme d’intrusion? Comment affiner l’écoute de mes besoins fondamentaux?

Nous avons pu explorer ce va et vient incessant lors des 2 derniers ateliers de danse thérapie, et, par le mouvement et l’instinct de nos corps, nous sommes allés questionner cette limite; Tantôt « empêchante » tantôt porteuse où choralité et expression singulière semblaient indissociables mais garantes d’une beauté unique.

Nous avons ainsi pu découvrir « qu’un manque de limites nous fait courir le risque d’éclatement permanent »…et que… »sous couvert de préserver le dedans, on peut aussi se priver des richesses du dehors ». Benoit Lesage

Mesdames…des mercis sincères pour toutes ces expressions de qui vous êtes. Je vous laisse avec ce morceau qui nous a longuement transporté.

https://www.youtube.com/watch?v=2Bb0k9HgQxc

 

Corps repliés, corps déployés: F, K et T

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– « Non mais vas y ! Quand je vais raconter à mes potes qu’on a marché et qu’on s’est allongés comme ça avec la musique au milieu des oiseaux, ils vont rien comprendre ! »

– « Mais noooonn ! Regarde ! C’était trop bien ! Moi avec ma tête tout à l’heure je devenais fou et regarde là, c’est plus pareil, j’ai plus de tensions ! »

– « Mais j’m’en fouts moi ! Je veux les garder me s tensions ! J’ai pas besoin d’être détendu si j’suis pas chez moi ! Et puis ça va, j’passe ma vie dehors, j’viens pas au lycée pour être dehors et marcher une heure ! »

– « Houai mais r’garde, moi aussi je zone tout le temps, mais là dehors on fait pas les mêmes choses, on va dans des endroits qu’on connaît pas, tu respires, tu deviens plus fou ! »

– « Houai mais moi j’croyais qu’on allait travailler, qu’on ferait des trucs chelous mais en restant en classe ! »

Il est 15h30. Je suis avec F., K. et T. Nous quittons la plaine d’ Ansot que nous avons ralliée à pieds depuis le Lycée Paul Bert. Nous avons tenté en vain d’observer les oiseaux avec des jumelles depuis la cabane d’observation. Une fois posés là bas, K. et T., qui me connaissent, se sont mis en état de relaxation et m’ont demandé de mettre la musique. 25 minutes de détente et de respiration. Une rupture nette dans leur quotidien, un relâchement instantané de leurs corps. F. ne dit rien et se laisse embarquer par le mouvement du groupe.

F. K. et T., ont intégré le Pôle Relais Insertion du lycée Paul Bert. C’est une classe relais pour les 16/18 ans en rupture sociale et scolaire. Ils sont 8 à 12 afin de bénéficier d’un accompagnement individualisé et envisager une (ré)orientation scolaire ou professionnelle. Le fonctionnement est innovant, centré sur les besoins de ces adultes en devenir. C’est ainsi qu’ils m’ont contacté, convaincus qu’un travail sur le corps leur serait bénéfique.

J’ai de suite accepté, consciente de la difficulté que cela représenterait au vue de cette période délicate qu’est l’adolescence mais le projet est beau en soi et s’inscrit sur le long terme.

Mes premières séances avec eux sont chaotiques. Nous cherchons ensemble une fluidité, un sens à mettre sur les bénéfices de mes interventions. J’évite de leur dire que nous allons danser de peur que cela les refroidisse d’emblée. Je sens plus que jamais, l’importance du lien et ce besoin d’être en relation de confiance avant d’oser entreprendre quoi que ce soit avec leurs corps. Nous bénéficions d’une salle au dojo de Lauga. La marche du lycée à cette salle est un temps nécessaire, une sorte de pré-échauffement, un changement d’état qui nous permet aussi de nous apprivoiser par l’échange, des discussions de rien.

Très vite (trop), j’ai tenté de les amener dans mon univers du mouvement et de sa symbolique. Si je les sentais tous prêts à y adhérer, les regards posés des uns sur les autres à été une barrière infranchissable. Le regard de l’autre à cet âge là est dévastateur. Tac. Ils s’arrêtent en plein effort, ces pairs d’yeux sont bien trop intrusives. Avec cela le malaise s’installe et la tension monte. Je suis déstabilisée et sors de ma ligne, en essayant de (trop) prendre en compte leurs réflexions. Trop tard. Je me suis engouffrée dans cet endroit où il est parfois difficile de sortir : je n’ai pas respecté ma ligne, j’ai perdu foi en mon intervention. Du coup, ça flotte ; je me laisse envahir par les petites voix qui me rappellent que je suis en plein échec.

La deuxième séance offre une respiration. Des exercices à 2, de massage et de guidance semblent les amuser. Ils me donnent la musique sur laquelle ils souhaitent se mouvoir. Un son speed-core envahit la salle. Pulsations comprises entre 200 et 500 BPM…je suis généralement entre 60 et 180… Je me marre. Ok. Allons y, curieuse de voir à quoi et comment répond un corps sollicité par 500 BPM. Nous rigolons ensemble et tentons d’y inclure quelques fondamentaux de la danse au niveau de l’espace et de la qualité du mouvement. Ainsi, après ce grand défouloir, nous enchaînons avec du Rap aux paroles douteuses et bien énervées. Je m’en saisis pour ouvrir une discussion sur la colère justement…et nous en venons naturellement à aborder le pourquoi de leur présence au PRI, leurs ressentis sur ce qu’ils vivent et leurs absences d’attentes.

Leçon supplémentaire.

Quelle place faire à ces jeunes qui pensent et sentent différemment ? Comment leur donner suffisamment d’amour pour ne pas douter d’eux mêmes si tout autour d’eux s’accorde à leur montrer cette différence ?

C’est un cri magnifique du droit à la différence, de ne pas rentrer dans le moule des apparences, de pouvoir être accepté même si le groupe nous fait peur, même si on ne s’éclate pas en soirée par refus de boire ou de fumer. C’est un questionnement sans fin sur le système scolaire qui privilégie les « adaptés » et qui se trouve en échec face à tous ces êtres sensibles qui sont très tôt en quête de sens et qui ne trouvent pas leur place.

Nous clôturons notre séance par un temps de relaxation et je suis surprise de voir qu’ils y entrent très facilement.

Le lien est fait.

Nous profitons de nos séances pour sortir et marcher, le long de l’Adour, en direction de Space Junk qui expose sur les Supers Héros, en ville et toujours, nous trouvons un banc où nous poser et aborder qui ils sont. On finit ces temps de rencontre par un temps de relaxation à leur demande et peu à peu, j’en profite pour y ajouter 2,3 phrases chorégraphiques sous couvert de détente, et peu à peu, leur corps leur apparaît avec ses bobos, ses envies, ses besoins, ses forces.

Une fois de plus, je remarque ce va et vient corporel entre la forme prise au départ et celui qu’il devient après ces 3h….j’observe avec amour ces corps repliés qui finissent par se déployer. Leur visage est détendu, les voix sont plus douce et le débit de parole plus calme. Le nombre de gros mots et les excès de « rage » diminuent considérablement, nous sommes contents de nous quitter ainsi.

Prochain rdv direction la playa…marcher et se mouvoir dans les éléments.

Les déclics qui font pshiiiiiiiiiiit….

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« Ces parts de soi longtemps restées dans l’ombre et qui explosent en pleine lumière »

C’est un détail. Un moment quasi imperceptible, une fulgurance, un rien qui dit tout. Le percevoir est un cadeau hors norme, quant à le vivre…

Il y a ce moment où tu danses et il y a ce moment où la danse te traverse. C’est le moment où tout s’embrase, comme si ton corps était coupé en deux au départ et qu’enfin, à ce moment là, tu lui permettais cette réunion, cette incroyable unification.

C’est comme si une part était retenue dans ses croyances limitantes, ses peurs liées au regard de l’autre, au jugement que l’on porte sur soi, cette part exigeante qui empêche et retient…à toutes ces barrières enfouies, parfois inconscientes et pourtant bien réelles ; tandis qu’une autre part, se voudrait, aspirerait à…, souhaiterait…On la ressent mais on ne l’éprouve pas. Non pas encore. Alors on poursuit le chemin de l’exploration sans trop savoir où le chemin nous mène mais convaincue qu’il faut le suivre. Incessant va et vient entre contrôle et voix critiques et cet idéal parfois caressé, subrepticement. Le corps sait, le corps se danse, le corps est danse.

Puis…

Puis…puis c’est là. Le déclic qui fait « pshiiiit »…C’est presque déjà passé. Insaisissable. Une fulgurance. Mais ça y est, ça s’est passé, c’est inscrit dans mon corps. A un moment je n’aspire plus à…et je ne suis plus limitée par….Mon corps a repris ses droits, le mouvement a eu raison de toutes ces parts enfouies au fond et en surface de moi, il s’est fait l’unificateur ultime, il m’a permis d’être et me libère. Une des danseuses de l’atelier du samedi m’a un jour écrit : « Je suis toujours bluffée d’explorer cette plage incroyable de liberté qui est offert et que je m’octroie. Des facettes, des parts de soi qui émergent (…) ces parts de soi longtemps restées dans l’ombre et qui explosent en pleine lumière »

Il y a l’espace de liberté offert par la danse et il y a ce changement qui s’opère dans le corps.

En tant qu’accompagnatrice, assister à cet instant là se passe de mots. Les frissons me saisissent, je souris avec béatitude et remercie encore et encore la magie accessible grâce au mouvement. C’est visible dans le corps de la personne, comme si le mouvement offrait une respiration mais ça l’est tout autant sur les visages des personnes. Les masques tombent. Nous n’existons plus. Fluidité et véracité s’inscrivent dans l’espace et nous enveloppent malgré nos propres résistances.

Je clôture une session de 5 séances de 2h en danse thérapie auprès des personnes en souffrance psychique et avant de faire « pshiiit », des tensions peuvent apparaître dans les corps, la salle se charge d’elle même d’une énergie différente ; corps en transition, corps en digestion, corps qui se remplissent de nouvelles informations et sensations, ni agréables ni désagréables…Accueil et résistance s’affrontent et puis..pshiiiiit…l’espace de création s’ouvre et tout devient possible.

Corps replié, corps déployé: L

L’histoire de chrysalide: L

J’ai à cœur de vous partager le parcours de L. C’est une envolée…C’est une tranche de vie. Un destin incroyable d’une jeune femme formidable, en quête de sens et d’espaces d’expression. Son hypersensibilité qui dans un premier temps a pu la faire vaciller, devient aujourd’hui une force, une raison d’être qui trouve sa pleine légitimité avec la danse. Continuez, oui, continuez d’œuvrer chaque jour pour la libre expression et la permission d’être.

Loie-Fuller

Il y a 2 ans et demi, L. est arrivée sur un de mes ateliers en danse-thérapie dispensés à la Clinique d’Amade. Elle a intégré le groupe des Reines sur la fin. Accompagnée de sa maman, L., si jeune, a participé à son 1° cours d’expression corporelle au sein d’un programme spécifique qui propose 10 ateliers aux usagers des différentes structures du pays basque, spécialisées dans les troubles psychiques.

L. est grande et élancée, pourtant, elle s’entraîne presque à vouloir disparaître tant on la sent rongée par la timidité ; Du coup, ses épaules sont courbées , sa tête se voûte et ses yeux ne quittent pas le sol. Elle relève parfois les yeux vers son interlocuteur mais on sent vite une gêne qui pourrait s’apparenter à une forme d’intrusion. L. est un mélange subtil de force et de fragilité. Je remarque vite la conscience qui l’ habite et sa volonté de s’en sortir.

Le groupe est bienveillant et accueille L. avec toute sa spontanéité et son humour.

Nous entrons rapidement dans le mouvement. L. s’y engouffre et en ressort à chaque fois plus forte, moins sur la défensive avec ce soupçon d’espoir dans les yeux d’avoir enfin trouver l’endroit qui saura être un allié : la danse.

Danser est aisé pour L.

Ancienne danseuse, elle redécouvre des sensations oubliées et s’accroche aux bénéfices de l’instant sans se laisser envahir par les possibles du passé.

En effet, il peut être difficile pour certaines danseuses de renouer avec la danse dans ces nouvelles dispositions du corps et de l’esprit. La maladie, un accident, marquent une rupture nette dans l’histoire de la personne et parfois, la danse, peut réactiver la mémoire de ce nouveau corps avec lequel nous devons (ré)apprendre à vivre. La danse offre en ce sens, un merveilleux outil d’intégration et permet à la personne d’explorer toutes ses capacités insoupçonnées…mais cela est possible, lorsque nous avons décidé de rencontrer ce nouveau corps, lorsque nous l’avons accepter et qu’enfin, nous ne demandons qu’à le transmuter. Sauter ces différentes étapes douloureuses mais nécessaires, nous engagent très rapidement dans un travail en force et nous n’avons qu’une idée en tête : retrouver ce que nous savions faire avant, ressentir ce que nous ressentions avant. Or, la danse thérapie nous engage parfois malgré nous, sur un tout autre travail et rapport au corps.

Ainsi, L. s’offre à la danse et ne semble pas en lutte avec ce genre de questionnement. Elle accueille avec amour, telle une bouée, ce nouveau sas d’expression.

Nous sommes en veille de proposer une restitution de nos ateliers dans le cadre de la Semaine d’Information sur la Santé Mentale (SISM). C’est une proposition et toutes les Reines acceptent ce défi malgré les quelques 120 pairs d’yeux présents. J’invite L. à se joindre à nous. Elle n’est pas obligée de me donner une réponse de suite, mais si son corps lui dit « oui », elle est la bienvenue.

Après nos 3 dernières séances, L. accepte et souhaite participer à cette restitution.

Je ne reviendrais pas sur les multiples bénéfices de cette restitution qui a été vivement applaudie et encouragée. La danse thérapie est née à la Clinique d’Amade grâce à la volonté de ces Reines magnifiques qui ont souhaité continuer la pratique. D’autres se sont joints à nous et aujourd’hui, un atelier hebdomadaire y est proposer.

Avec le temps, je sentais L. perdre en enthousiasme lors de ses venues aux cours. Elle venait de moins en moins. Nous avons alors discuté et, comme je m’y attendais, L. sentait ne plus avoir sa place au sein du groupe de la clinique. Elle souhaitait intégrer un autre cours, « dehors », mais ne savait pas encore comment ni où. Je comprenais l’évolution de son besoin et m’en réjouissais. En quittant ce cours, L. nous offrait à elle et à moi, un merveilleux cadeau.

L. a commencé à venir sur les ateliers mensuels de danse thérapie que je propose à l’extérieur. Elle semblait y trouver sa place et un espace de libre expression. Je l’observais évoluer dans ce nouveau corps qui trouve le déploiement et se positionne, j’appréciais la justesse de son regard présent à l’autre ; La prise de parole au sein du groupe, renforçait mon sentiment que L. cheminait vers une guérison prometteuse. Puis…plus rien.

L’absence de continuité est fréquente dans ce type d’accompagnement. Je ne m’en formalise pas même si je prends le temps de me poser et de réfléchir à cette rupture. Je fais moi aussi mon travail de discernement et tente de me souvenir des erreurs que j’ai pu commettre tout en faisant confiance au processus de chrysalide…J’opte pour un déploiement des ailes…

Quelques mois passent et L. me recontacte. Je la sens transformée, je suis heureuse d’entendre son assurance. Puis, je la sens tourner autour du pot et je lui demande si elle a quelque chose à me dire et effectivement, elle me dit qu’elle a l’impression de me trahir. Je souris. Je trépigne de ce qui va suivre et ses mots vont dans le sens de mes attentes. L. a intégré un « vrai » cours de danse hebdomadaire. J’exulte et lui partage ma joie.

Non L., tu ne me trahis pas bien au contraire ! Tu me donnes la force de poursuivre mes accompagnements en danse thérapie. Je n’ai pas la prétention d’offrir des cours de danse traditionnels, non. Juste, j’ose espérer pouvoir vous redonner un soupçon d’estime de soi, vous insuffler cette dose de confiance qu’il nous manque parfois pour jouir pleinement de ces espaces à « l’extérieur » ; ces espaces où la représentation du groupe peut être terrifiante et « empêchante », ces espaces où le groupe peut être ressenti comme étant envahissant tandis que nous pourrions nous nourrir de sa richesse.

Par la suite, L. me fait part de son besoin d’espace d’expression libre en plus de ces temps de cours qu’elle prend désormais régulièrement et…l’Univers est bien fait, une performance autour de l’Exil qui se jouera lors du grand week-end d’ Alternatiba avec 9 musiciens d’ici et d’ailleurs m’ait proposé ; Je ne suis pas sûre mais j’écoute ma petite voix qui m’incite à faire cette proposition à L.

L. accepte. L. vient. L. danse. Et même si la performance est annulée pour cause de pluie, c’est un bond en avant divin, la rencontre est faite et les perspectives prometteuses.

Empruntes et métamorphoses

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Pas à pas in Madère

Voilà… C’est un retour douceureux sur un moment particulièrement intense pourtant. J’avais besoin de quitter. Quitter mes peaux, quitter ma vie, quitter le connu, quitter ceux qui me quittent…Rencontrer mes peurs, rencontrer mon ombre, revenir sur mes nombreuses erreurs…Je reprenais la route mais sous une autre forme. Après 8 années d’exil, mon retour en France a été le voyage le plus difficile à vivre. 5 ans plus tard, je décidais de partir pour 15 jours en mode retraite sur l’île de Madère.

Je m’envolais pour cette île et entamais un de ces périples où seule la marche nous reconnecte à qui nous sommes vraiment (ou tout du moins…à ce moment là). Ici: Pas à pas in Madère est un extrait de la Cold song, cette merveilleuse douche qui toujours nous apprend et nous fait avancer. Remarquez bien ces magnifiques chaussures énooooormes!!! qui marquent chacun de mes pas et témoignent d’une danse de l’intérieur; non celle qui se donne à voir mais celle qui est. Peu importe la forme ou sa technique. Elle est venue me libérer en m’offrant, entre deux virages ou deux montagnes, une autre lecture de qui je suis. Je ne cessais d’écrire et c’était insuffisant. Mon corps avait besoin de plus, une autre forme d’expression. Je m’engageais sur le chemin poétique et théorique de la danse thérapie. J’en omettais l’essentiel: Vivre et expérimenter mes propositions.

Danser ainsi, librement, spontanément, peu importe le moment et l’endroit, était devenu l’incarnation de ces nombreuses pages écrites dans mon journal. C’était faire fi du regard de l’autre, de mes nombreuses injonctions ou panacée de jugements, c’était se mettre au service du cri de mon âme, il y avait urgence.

Donégal
Irlande du Nord, Donégal, juillet 2017

J’ai vécu des expériences similaires lors de mes voyages où chacune de mes danses ouvraient une nouvelle porte sur le Soi. L’une d’elles, sur une immense plage d’Irlande du nord, est venue écrire mes blessures de l’âme. Il y a ce que je lis, ce à quoi j’aspire et me souhaite, puis vient l’expérience, l’éprouvé, ce qui traverse mon corps et m’offre ainsi le processus de transmutation. Il peut se passer des années entre ce à quoi j’accède avec ma tête et ce moment d’intégration. Les vivre grâce et avec la danse est un cadeau incommensurable.

Il est de ces rencontres qui s’offrent à nous telles des Tsunamis et qui sont le point décisif d’une autre page à écrire, un tournant qui ouvre un autrement et qui œuvre vers le renouveau. Lorsque j’ai pris connaissance des blessures émotionnelles de l’enfance (ou les 5 blessures de l’âme), j’ai souhaité approfondir cette découverte tant ce point de vue faisait écho et donnait des réponses concrètes à la personne que je suis. Les incarner par le mouvement était une évidence, j’y trouvais un outil supplémentaire pour ma libération. Et la magie s’est opérée lorsque j’ai réalisé que leur prise de conscience nourrissait à leur tour ma danse. Partager au plus grand nombre cette force libératrice du mouvement est devenu nécessaire, je me devais de nous offrir cette possibilité :
Pouvoir identifier nos blessures émotionnelles sous l’œil d’un thérapeute
spécialisé mais aussi pouvoir les libérer par le mouvement.

Aujourd’hui, je clôture un projet intergénérationnel autour de la danse, garante du lien, de la rencontre. Investir un espace de danse avec nos sâges et nos aînés est l’expérience délicieuse de vivre pleinement l’instant présent. Ils m’invitent véritablement à créer spontanément, avec ce qui s’offre à nous dans nos capacités physiques et n’ont de cesse de remettre la joie au centre de nos rencontres. Se lever et danser relève pour certains d’un miracle, mais c’est bien là, le miracle se fait. Les corps meurtris se délient, les yeux pétillent à nouveau, et lorsque les enfants sont présents, c’est un shoot de vie que nous prenons tous, dans sa fulgurance et son impermanence parfois douloureuse. Nous avons accès à cela et c’est tout. Nous n’avons besoin de rien d’autre. Nous nous remplissons les uns des autres et nous laissons la danse nous ouvrir les portes d’une joie pur.

Lorsqu’on me demande de composer une chorégraphie, je ne peux m’empêcher d’amener ces enfants bienheureux vers une danse de l’instant, dans tout ce qu’il y a de spontané…alors forcément, ça ne répond pas toujours aux attentes, et ces magnifiques enfants se demandent bien où je vais les amener! Peu importe….je n’oublierais pas cette dernière image d’enfants partageant ce moment unique: une valse avec nos aînés, stimulés comme jamais par leur joie efficace. Un immense merci à eux et aux Ehpad d’Iholdy et d’Isturits pour leur confiance immense qui permet des instants de grâce inégalés.

Le résultat nous est bien égale, ce qui compte reste l’aventure partagée et les enseignements révélés au travers de formes et de mouvements inattendus..

 

Engrammer la joie

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Le ventre, les frissons dans le dos, la cage thoracique avec mon coeur, les larmes au bord des yeux…🌸
Engrammer la joie et mémoriser en conscience les parties de mon corps qui s’éveillent et qui font « Wahouuuu »💥 à la réception d’un cadeau précieux;
Se laisser envelopper par les mots bienveillants de ceux qui me voient chaque jour et qui m’aiment pour ce que je suis et se souvenir de l’endroit du corps où ça fait « Wahouuuu »💥
Merci au Gem Bizi Berria pour ce moment de partage subtil et saisissant qui me rappelle un peu plus de la nécessité de valoriser le beau qui sommeille et rayonne en chacun de nous❤️. Le valoriser et nous dire…

La force expressive du mouvement

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Créer votre danse et découvrez la force expressive de votre corps…

 » Lorsque nous nous immergeons dans la création, nous ressentons en nous une sensation passionnée d’être vivant, qui enclenche notre engagement et notre participation totale dans la vie. Nous nous sentons encouragé à prendre des risques, à risquer le tout pour le tout, à explorer et prendre tout ce qui vient comme bon à apprendre. Notre démarche-comme tout son contenu-devient intéressante, éclairante et productive.
Lorsque nous sommes réglés sur le flux créateur, nous découvrons qu’énergie et expression sont libres, et nous découvrons un sens étrangement accru de notre niveau de conscience (…)
Lorsque nous revenons à la vie de tous les jours, et quel que soit le défi que nous identifions, le fait d’avoir été relié à cette force de vie créatrice nous permet de rapporter avec elle de nouvelles perspectives et un nouveau savoir. En réalité, le fait de libérer cette énergie créatrice libère la totalité de notre être au monde.
(…) Nous redonnons accès à l’inconscient ( réservoir contenant de riches potentialités ) et au monde intérieur de notre intuition identitaire; nous donnons libre cours à notre mental, à ses vagabondages et au trébuchement sur un matériau qui ne demande qu’à émerger.  »
Daria Halprin

 

L’esclave et le tyran

Et toujours dans cette promesse que l’art est un formidable exutoire, je vous partage les paroles d’une chanson écrite par le frère d’une personne atteinte de schizophrénie, également libéré sous forme de tableaux…

L’esclave et le tyran

J’ai grandi sans aucun souci 
Bercé par les voix de la vie
J’avais des rêves et une famille
J’avais les filles et les amis
J’étais pourtant un enfant sage
Un enfant sage comme une image
Mais cette image comme un mirage
Cachait la violence de l’orage

La voie de la vie m’a sourit mais elle est très vite repartie
Perdu la force et l’appétit perdu le courage et l’envie
Vint ce soir où dans mon lit mon cri s’est perdu dans la nuit
Hallucinogènes mélodies les sombres voix de la folie

Je me regarde dans la glace décalcomanie dégueulasse
Quelqu’un d’autre a volé ma place
Il me dévisage et grimace
Possédé par des voix fantômes inquisitrices de mon royaume
Déréglées comme des métronomes sur la fréquence de l’atome

Dans la rue perdu dans la foule tout le monde a perdu la boule
Je vois des démons et des fous je crie mais tout le monde s’en fout
Cette ambiance saine me fout les boules les espions Serbes sont partout
Et veulent me trainer dans la boue dans le trente-sixième dessous

Je suis l’esclave et le tyran
Je suis l’esclave et le tyran

Déglingué sans aucun repères mon coeur crevé s’en va t-en guerre
Les voix s’acharnent sur mes nerfs les voix profitent de ma misère
Pourquoi veulent-elles que j’tue mon père pourquoi veulent-elles que j’baise ma mère
Elles savent que si j’ne coopère je devrais mordre la poussière

Je sens renaître comme une vengence cette volonté de puissance
Qui me fait me prendre pour un géant quand je sombre dans le néant
J’ai vomi mon adolescence et son océan de souffrance
Qui m’ont fait perdre ma confiance et le peu de mon innocence

Je suis l’esclave et le tyran
Je suis l’esclave et le tyran
Je suis l’esclave et le tyran
Je suis l’esclave et le tyran
Je suis l’esclave et le tyran

L’esclave ou le tyran