
[Fin de deux programmes d’accompagnement des personnes victimes de violences et/ou en Etat de Stress Post-Traumatique par la danse thérapie]
Ici nous avons pris du temps.
Ici, il nous a fallut beaucoup de temps pour sortir des projections qui alimentent le monde de nos insécurités.
L’hypervigilance et la honte sont inscrites dans les corps et donnent le ton de nos échanges. Il n’y a pas ou peu d’espace pour un autrement car en sortir donnerait le risque d’un effondrement supplémentaire.
Les corps sont figés et le moindre mouvement active un flash back et/ou une désorganisation spatio-temporelle, du coup, les corps s’immobilisent un peu plus.

Il faut aller vite. Tout le monde souhaite un apaisement des corps qui soit rapide, efficace, net.
Une formule magique toute prête pour en découdre, ça et rien d’autre.
Je suis le rien d’autre. Celle qui propose la rencontre que nous fuyons tant.
Je vis des contre-transferts de mise et me retrouve désorganisée, désorientée, dissociée et sidérée.
Nous cherchons ensemble, à tâtons, en veille et à fleur de peau.
Toutes nos rencontres hebdomadaires pendant 12 semaines sont intenses et ne deviendront savoureuses que tardivement au regard des autres groupes que j’ai pu accompagner jusque là.
Nous apprenons à nommer ce que nous ressentons, à faire des liens entre nos perceptions et nos émotions, à remettre en mouvement nos imaginaires. Nous tentons un dialogue d’abord chaotique, avec l’ensemble de nos corps physique, émotionnel et mental. Même si nous les haïssons, même si nous les tenons pour responsable, même si nous reprenons le risque d’une activation douloureuse.
Et puis, à un moment, nous nous rencontrons.
Les espaces-entre, gardiens de nos fêlures, disparaissent.
Nos corps se rassemblent, les morcellements appartiennent au passé, nous acceptons un engagement.
Celui de nous engager vis à vis de nous même en nous vivant différemment, gageure de changement; celui de nous engager vis à vis du groupe en acceptant de nous laisser porter par ses richesses.
Nous caressons à nouveau la sensation d’une confiance possible, nos regards habités structurent nos corps et permettent une ou des relations. Ensemble nous faisons l’expérience de l’intime qui semble universel, ensemble nous traversons ce qui est universel et l’intégrons à notre histoire personnelle.
Quel va et vient délicieux.

A l’unanimité, il est question d’une autorisation.
Celle d’aller à son rythme, aussi et surtout d’en faire sa connaissance, l’éprouver. S’autoriser à le sentir et suivre le déroulé qu’il nous propose. S’éveiller à sa propre temporalité et s’offrir l’espace et le temps nécessaire pour lui permettre d’être. Ici, dans cet espace commun et où chacun.e empruntera une voie différente pour s’offrir un bout de guérison. C’est tellement salvateur de pouvoir être soi.
Le groupe répare et absorbe les histoires de liens blessés. Il permet une déconstruction de l’ensemble de nos représentations et croyances, il donne la force d’un Autrement.
Le groupe m’accueille, le groupe m’entend, le groupe me voit et me donne l’autorisation d’être aimé.e.s à nouveau. Le groupe me contient, le groupe me fait libre.
Un intense merci à ces deux merveilleux groupes que j’ai eu la chance d’accompagner à travers ladanse thérapie. Je ressors grandis de cette belle collaboration et viens m’ancrer dans davantage de permission d’être.
Rdv pris pour deux prochains groupes souffrants de Troubles de la Conduite Alimentaire (TCA). Un immense merci pour votre confiance renouvelée.
A très bientôt en mouvement 🦋,
