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Danse thérapie et expression de soi

Il s’agit de l’extrait de l’article.

« A travers la danse que j’enseigne, j’entends rendre cet art accessible au plus grand nombre, favoriser les rencontres entre les personnes, qu’elles soient en situation de handicap, retraitées, addictes, réfugiées, hors cadres…

C’est une danse qui s’adapte aux besoins des différents publics et qui souhaite combiner la profondeur du travail thérapeutique au monde riche et subtil de la création. La danse thérapie telle que je l’envisage s’inscrit dans un travail de (ré)appropriation psycho-corporelle qui pourra, à terme, favoriser une libre expression du Soi. Elle nous invite à établir ce dialogue nécessaire avec notre corps, nos émotions, notre mental et notre âme et à affiner l’écoute des messages que ceux ci nous chuchotent, taisent ou hurlent. La valeur structurante de la danse thérapie nous permet de plonger en sécurité dans notre intériorité que nous révélerons dans une danse de l’instant, grâce à la force expressive du mouvement et au pouvoir du processus de création »

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Une petite vidéo pour voir, clique là:  Une façon douce et à l’écoute de soi pour entrer progressivement dans le mouvement. Laisser le corps réagir aux sensations, émotions, sentiments et/ou images par des postures spontanées ; puis, laisser les postures s’enchaîner pour devenir votre danse du jour en lien avec votre intériorité

Dantza

Je suis heureuse de vous offrir le récit d’une expérience en danse thérapie dans ce qu’elle révèle et libère. Merci à D. pour ce besoin de sublimer son atelier à travers ses mots et d’accepter de nous les partager. Quand les mécanismes d’individuation et de choralité se font échos, reconnaitre leurs inconforts et œuvrer pour les équilibrer semble nous promettre plus de liberté d’être.

Jeudi 15 Octobre 2020 (Atelier de danse thérapie le Dimanche 11 Octobre)

J’ai dansé seule et entourée…

J’ai dansé les saisons, l’automne, l’hiver, le printemps, l’été… j’ai traversé le temps, circulé en mouvement au travers des cycles qui ne s’arrêtaient plus d’avancer… désorientée, déterminée, détériorée, désespérée, démenée, dépossédée, défendue, détendue, démembrée, déçue, dévitalisée, démesurée, détachée, défiée, délurée, dégagée, délivrée…

Quand j’ai retraversé l’automne, en dansant seule, j’étais intérieurement ébouriffée par les rafales de vent qui m’étourdissaient. Tout se passait comme si chaque bourrasque s’attaquait l’une l’autre, me secouant sans même me prêter attention, sans même avoir conscience de ma présence. Les yeux fermés, j’ai eu la sensation d’être un arbre. J’ai vu l’image de cet Etre aux branches brusquement dénudées, remuées de gifles débarquant des quatre points cardinaux, dont les racines s’emmêlaient tellement on le secouait de ça et là. Je n’avais pas l’impression d’avoir le temps de me poser pour savoir où j’étais, qui j’étais, comme si la météo environnante décidait de mon sort.

Une traversée surprenante qui a été chassé par l’arrivée de l’hiver, sans que j’ai eu le temps de digérer l’effet de cette tempête sur moi. Cette nouvelle saison s’est déposée sur moi comme un manteau lourd, freinant subitement mes mouvements, m’obligeant à me recourber pour porter et supporter ce poids. Tout s’est passé comme si mon élan avait été subitement stoppé. Chaque membre de mon corps s’est tendu et recroquevillé, apeuré et étouffé par un inconnu pesant et imposant. J’ai eu besoin de faire appel à ma force, sentir mes muscles, durcir mes membres, alourdir mes mouvements. Je me sentais en lutte.

Je ne sais pas si j’ai croisé une transition avec le printemps je n’ai en tout cas moi-même pas réussi à en créer une, je l’ai juste senti arriver. Je l’ai entendu arriver même, de son pas sautillant, comme un petit moineau qui s’approche en chantant. J’ai adoré comprendre que j’étais au printemps. J’ai soufflé, comme soulagée, j’ai senti mon corps sourire et s’ouvrir. Des images colorées se sont invitées à moi pour mon plus grand plaisir. J’ai eu l’impression d’être une graine qui germe et s’accroît, une plante qui s’allonge vers le soleil, abondamment nourrie et ressourcée. J’ai eu l’impression d’être un oiseau qui déploie ses ailes, qui s’allège dans le vent et prend place dans le ciel. J’ai ressenti une joie immense, une liberté de mouvement, une souplesse émotionnelle, une tolérance rassurante. Je sais que j’ai gardé les yeux fermés pour apprécier la douceur et le parfum de l’instant, et je me souviens aussi les avoir ouverts pour contempler l’environnement vivant. J’ai vécu cette saison intensément, stimulée de petits et grands bonheurs nourrissants. J’y serais restée, j’aurais voulu arrêter le temps quelques instants, laisser s’infuser toute cette saison un peu plus que les autres…

J’ai senti le rythme s’accélérer en moi, la chaleur de mon corps m’a exigé de ralentir, faisant place à l’été. Une saison pleine de pauses, dans laquelle j’ai eu besoin de me reposer, en m’adossant sur le sol, comme on s’étalerait sur le sable fin face au soleil. Je ne saurais pas quoi en dire de plus, je ne l’ai pas vu passer, comme des vacances trop vites passées…

Et l’automne a pointé le bout de son nez, me dérangeant clairement dans ma lancée, me rappelant désagréablement le fonctionnement cyclique de la vie, ses hauts et ses bas. Je me souviens m’être dit en dansant qu’au début de l’automne se niche mon anniversaire. Je n’ai pas pris le temps de le traverser, le temps m’a manqué, cette idée s’est comme échappée, j’ai dû avancer. J’aurais voulu m’y arrêter, me célébrer, me faire naître ou renaître. Ce sera peut-être pour une autre fois, le vent souffle, et m’étourdit à nouveau… C’est l’automne, puis l’hiver …

J’ai dansé seule, avec les autres…

Lorsque la posture de repli fut instinctivement choisie par chaque membre de mon corps, j’ai compris que l’exercice prenait sens en moi. Des souvenirs corporels connus ont rejailli, un étouffement que j’aurais bien laissé aux oubliettes et des tensions douloureuses dont je me serais passée. J’ai senti le groupe sauvagement s’approcher et m’entourer, fidèle à la consigne. J’aurais voulu que cette situation m’enlace, j’aurais voulu sentir une détente grâce à la chaleur de leurs corps ou un soutien collectif ressourçant. Ce fut autrement. Je fus prise d’une panique étrange, l’événement m’a paru menaçant. Etriquée dans mon corps, étouffée sans espace, j’ai eu peur de ce que je pourrais ressentir, mais le contexte et l’environnement humain m’assuraient une confiance à laquelle je me suis mentalement rattachée.

Pourtant, la situation n’a cessé de s’empirer. Quand une autre danseuse a saisi la suite de l’exercice qui consistait à  indiquer les endroits physiques à libérer dans mon corps, j’ai cru que ce serait un bon moment. En amont, à l’annonce de cette danse, j’étais ravie d’imaginer de pouvoir être guidée vers une liberté retrouvée, vers des mouvements souples, soyeux, doux. C’est d’ailleurs accompagné de ce vœux et de cet espoir que j’ai accepté de me plonger réellement dans un état de tension. Pourtant, ses gestes m’ont semblé envahissants, comme si j’étais plongée dans une dictature de mouvements imposés. Son insistance à tapoter ou orienter mon corps me dérangeait et ses agacements verbaux murmurés m’insultaient. Elle déposait lourdement son bras comme on étranglerait quelqu’un qui ose bouger quand on lui ordonne de rester immobile. Elle répétait tempestivement ses points d’appuis, comme une personne acharnée qui ne lâcherait pas le morceau. Je me sentais dépossédée de mes mouvements, je ne savais plus comment faire pour reprendre le contrôle de mon propre corps.

J’ai essayé de respirer, de souffler, pour me raisonner, pour me convaincre que ce n’était pas elle, mais la situation qui s’apparaissait comme prohibante. Des souvenirs d’oppressions insupportables me sont apparus. Comme si le cerveau prenait le relais, essayant d’analyser puis faisant rapidement corréler la situation avec des rencontres historiques vécues et subies dans le passé, et encore trop présente.  Ses tapotis ont eu le mérite d’être bénéfiques pour restimuler mon corps, et m’obliger à quitter ses pensées douloureuses.

J’ai réussi à accepter que j’avais le droit de refuser. Alors je l’ai exprimé avec mon corps, ou j’ai cru l’exprimer au travers de mon corps. J’ai gardé mes bras resserrés, j’ai balancé mon corps comme pour dire non, j’ai étendu mon corps pour l’éloigner. J’ai même choisi d’autres mouvements faussement amples, pour simuler une liberté retrouvée, croyant que si je lui prouvais ma liberté, elle me quitterait. En vain, ce que je faisais ne semblait pas lui convenir, elle insistait pour que j’exécute son souhait. Et pour me libérer d’elle, ou de la situation, mon corps s’est tût, j’ai lâché, j’ai arrêté de lutter. Mais je me suis sentie comme morte au fond de moi. Mon corps a agi comme un automate qui s’anime au gré des points stimulés par ses mains anonymes. J’ai détesté ressentir que cet autre avait pris mon être entre ses mains, j’étais déçue de moi, alors même que je croyais avoir réussi à accepter et exprimer mon désaccord. Sa présence était dérangeante, menaçante, insupportable. Comment a-t-elle pu ne pas entendre l’écho de mon corps révolté ? Comment a-t-elle pu observer mon corps avec si peu d’empathie à ce moment-là? Pourquoi a-t-elle pu s’autoriser à commenter et juger mes mouvements si intimes ? Pourquoi ai-je accepté de laisser cette situation s’installer ? 

J’ai choisi de m’effacer, comme si je m’éliminais temporairement pour supporter ce dialogue de sourd, et faire taire ce qu’elle représentait à ce moment-là. J’ai ressenti une colère profonde, je rêvais qu’elle me lâche, j’aurais voulu hurler pour qu’elle fasse un bon en arrière. J’ai ressenti une solitude intense et une insupportable déception vis à vis de moi-même. J’avais choisi une posture enfermante pour retrouver la sensation agréable de liberté déployée, mais j’ai été confrontée à une situation oppressante qui m’a fait m’écraser. Je me suis sentie devenir une ombre, son ombre. A moins que ce soit l’ombre de moi-même. J’étais pourtant arrivée avec un état d’esprit estival, joyeusement ensoleillée, profondément parée d’un sourire lumineux, solide et forte. N’ai-je pas accepté de me tenir solidement face à l’autre pour ne pas dévoiler au grand jour certaines blessures que je porte dans mon corps ? Ne me suis-je pas caché à moi-même, dans l’obscurité de mes yeux fermés, les cicatrices enfermées dans mon cœur ? 

Une fois fini, j’ai fait mine d’être encore présente, pourtant une partie de moi n’était plus là… je suis restée quelques temps entre ombre et lumière, ne sachant pas vraiment quoi faire de ces sensations, avec l’impression d’avoir perdu une partie de moi… et je l’ai retrouvé, avec joie et plaisir, et je me suis retrouvée, avec foi et désir, dans une danse avec moi-même.

J’ai dansé avec moi-même…

Je n’ai jamais su ressentir réellement si mon âme aspirait au monde extérieur ou si elle était contente d’être à l’abri dans mon fort intérieur.

Certes, j’aime être en lien, croiser des regards entre deux mouvements contraires, frôler des mains entre deux rythmes cassés, me laisser surprendre par l’énergie attirante d’une autre danseuse engagée et motivée. J’apprécie physiquement danser au contact de l’autre, mais je ne suis pas sûre d’être émotionnellement toujours prête à m’adonner à ces rapprochements. Cela me donne parfois l’impression de devoir m’abandonner pour accepter de rejoindre l’autre. Laisser ou quitter une partie de moi pour rejoindre l’autre. J’aimerais tant voir se coïncider moi et l’autre, être pleinement moi, avec l’autre, ne pas avoir à choisir ou jongler entre moi et l’autre. J’ai l’impression pourtant d’avoir enfin accepté mon droit de refus et même pris plaisir à comprendre que mon besoin était parfois autre. Par contre, je réalise à quel point il m’est difficile de l’exprimer, et quand bien même j’y arrive, le message ne passe pas comme je l’aurais souhaité.

J’ai l’impression de retrouver une grande liberté lorsque je ferme les yeux en dansant, comme si la lumière tamisée me permettait d’être. Face à l’Autre, je me vois être, je me vois faire, et le reflet de ce miroir me trouble encore. Son regard ne me dérange plus, c’est plutôt le mien reflété dans le sien. Alors je le brise en fermant encore quelques fois les yeux. Et je choisis encore bien souvent de regarder d’abord en moi, pour moi, d’être avec moi-même, pour moi-même… dans l’intention de voir un jour ce Moi exister pleinement près de l’Autre.

Je crois que j’ai encore besoin de prolonger la phase d’égoïsme positif dans cet espace où la danse me permet de me retrouver face à moi-même, ou plutôt en tête à tête avec moi-même. J’aime me nicher dans les profondeurs d’un souvenir, laisser infuser dans le corps, ressentir ces émotions passées me retraverser, et choisir de les accueillir ou de les chasser. J’aime me blottir dans les recoins de mon corps, si souvent maltraité dans le passé, aller chercher et vérifier mes limites, et retrouver les sensations de plaisir, de responsabilité. J’aime être actrice de mes mouvements, émotions et sensations. J’aime ressentir la plénitude que me procure certaines danses que je m’octroie. J’aime ces espaces et temps qui me permettent d’exister et de prendre plaisir à exister.  

D.

Les Burritos

F. a 6 ans.

Comme souvent, je ne sais pas en détail ce qui tracasse ces petits guides. Ils viennent sur l’atelier de danse thérapie et de conscience corporelle proposé par l’hôpital de jour, et répondent à une proposition intéressante de prise en charge holistique.

Je mets du temps à entrer en contact avec cette petite fille. Elle oscille entre débit de parole et mutisme qui rejette et signifie qu’elle ne veut pas. Lorsqu’elle ne veut pas, F. se braque, fait des petits pas jusqu’à se retrouver aculée au pied du mur en disant non et suçant son pouce. Je tente d’identifier les situations qui génèrent ce refus, cette impossibilité à entreprendre quoique ce soit ensemble. Certaines de mes demandes obtiennent une adhésion immédiate, d’autres amènent F. à se figer et signifier une peur qui émane de tout son être.

Je suis confuse à cet endroit.

F. a un doudou qu’elle me présente. Il est assigné à une chaise et ne doit pas bouger. Je tente maladroitement de l’inviter dans l’espoir qu’il créera le lien entre elle et moi, mais F. refuse. Doudou est là et veille.

Il y a des refus catégoriques et il y a des refus qui se diluent dans du pourquoi pas. La frontière est infime et je passe de nombreuses séances à observer F. afin de saisir celle où ça se dilue. Je m’abstiens très vite à lui formuler toutes demandes et dépose des propositions afin qu’elle les saisisse.

F. a 6 ans et déjà, elle sait qu’elle ne sait pas danser.

Constat.

Déjà!

Je reformule. F se braque. Elle sait qu’elle n’aime pas ça et elle sait qu’elle ne sait pas faire. Je vois toutes les conséquences d’une croyance si précocement installée à l’œuvre. C’est terrifiant. D’autant que je le constate également chez les ados aussi. Le mot « danse » est effrayant. Il induit une résistance dans le corps, dévoile l’estime que la personne à d’elle même et nous fait tirer de grandes conclusions.

Déjà.

Un seul mot a le pouvoir d’être empêchant.

Enfermant.

A lui seul, le mot « danse » peut affirmer que nous sommes « ridicules »…

Un seul mot et la croyance qui y est rattachée, ont ce pouvoir d’inscrire un mécanisme qui ne peut être que biaisé car toutes ces jeunes filles sont dans le mouvement et n’ont de cesse de créer.

Je m’oriente vers des séances supposées libres où je laisse F. découvrir tous les possibles avec des objets supports. Dans un premier temps, nous créons des histoires avec un ballon paille qui sera la métaphore du monde que l’on porte et dont on a le pouvoir de faire voyager. Ce monde, tantôt petit, tantôt immense pour ses petits bras, crée des formes limpides dans son espace proche mais aussi lointain, très lointain, lorsque F. décide de s’en débarrasser. Son corps se meut, sans cesse ; et les histoires qui y sont associées témoignent de la richesse de son imaginaire. Elle prend appui sur, virevolte, abandonne son corps, le laisse réagir. Il est ce lien inespéré qui structure et libère, qui permet un toucher qui se veut structurant pour son corps. Pour autant, elle s’ennuie vite, a du mal à se poser , tente différentes expériences sans les vivre véritablement.

Aujourd’hui, je propose à F. un foulard. Elle se replie, émet un non et dit clairement qu’elle n’aime pas. Je lui propose alors de prendre toute la poche qui en contient plusieurs et d’en faire ce qu’elle veut. F. s’émoustille instantanément et se dirige vers la poche. Elle les découvre tel un trésor et s’amuse de les voir voler, s’excite de ce désordre voulu pour finalement les mettre à plat anarchiquement dans l’espace. Nous prenons ce temps et j’observe F. dans cette minutie mais aussi la perspective que seule F. connait.

Elle prend le temps d’observer son œuvre et me propose de jouer aux Burritos. Je n’ai pas le temps de saisir ce que cela signifie qu’elle se place sur un tissu et s’enroule tel un burrito. Nous nous marrons des mouvements impossibles à réaliser pour nous déplacer, nous tentons l’expérience de rallier tous les tissus pour n’être qu’un seul burrito et nous apprécions le déploiement dont nous usons pour nous en débarrasser. Le jeu est sans fin, F. s’amuse à me figer telle une statue qu’elle charge de tissus et n’en peut plus de rire de voir ses statues momifiées en mouvement. Le mimétisme est un enchantement, nous varions les sensations tenues et celles relâchées en nous tractant à l’aide de ces précieux objets transitionnels que sont nos amis les foulards. Je savoure.

F. est sortie de son mutisme et me propose de rentrer dans son imaginaire. Elle a remplacé la parole par des rires et des formes corporelles et s’amuse à rassembler tous les tissus autour/sur/sous elle. Ses propositions dansées sont multiples, la musique nous entraîne et parfait cette bulle que F. vient de créer.

Au moment de clôturer cette séance, je lui propose une dernière mise en forme libre. Elle veut faire un ENOOOORME burrito en alignant tous les foulards. F. les dispose, son espace est structuré, l’ensemble est posé, réfléchi et élaboré. Elle a un projet et l’ennui n’a pas pu s’installer ce jour. Merveilleux.

Nous nous quittons sur le plus grand burrito géant du monde avec cette sensation d’être enfin « rassemblées « , un peu plus dans notre axe.

Merci magicienne F.

Pour aller plus loin…Les enjeux psycho corporels

F. présente un corps tantôt dispersé, qui ne tient pas en place dans la discussion, se met en mouvement, tourne sur elle même, tantôt en retrait excessif qui refuse toute communication ou engagement vers l’extérieur. Son corps se repli sur lui même, ses bras se posent en protection tendus devant son ventre, ses épaules s’enroulent et sa tête se baisse. On sent ici un manque d’harmonie entre sa faculté à se rassembler et sa disposition à se tourner vers l’autre avec un déploiement qui ne va pas de soi. La notion de rassemblement et de déploiement est abordé dans les schèmes de Bartenieff où l’équilibre entre le centre et la périphérie du corps est un point essentiel de nos réalités spatio-corporelles et par extension de notre être là. Il vient interroger notre individualité, à savoir notre adaptabilité à réagir aux différents stimuli de l’extérieur. S’y ajoute le concept de kinesphère, cette bulle malléable qui nous entoure et qui détermine l’ensemble de nos limites. Lorsque je me sens en sécurité, j’évolue aisément dans ma kinesphère qui peut facilement s’agrandir et dans laquelle je pourrais engager tout mon corps sans peur de me heurter à tout ce qui pourrait susciter une forme de repli. A contrario, (et pour vulgariser) lorsque je me sens agressée ou en danger, ma kinesphère peut être enfermante tant elle est proche de mon corps. Il y a une rétraction en défense de l’ensemble de mon corps.

Au niveau musculaire, G. D. Struyf aborde le rassemblement et le déploiement à travers les chaînes musculaires antéro-latérales (AL) et postéro-latérales (PL). Les éveiller ensemble permet de les harmoniser et ainsi nous évite d’être en excès dans l’une ou l’autre. « C’est par elles que l’enfant unifie les hémi-espaces droit et gauche, préalable indispensable à la constitution de l’axe « , Benoît Lesage; et se sentir aligné à son axe nous procure ancrage et sécurité, gageures de nos engagements, justes.


Typologies soutenues par les chaînes musculaires Antéro-latérales (AL) et Postéro-Latérales (PL)/ Benamou M. et Lesage B.2011 d’après Struyf G. « Les chaînes musculaires et articulaires » (SBORTM

Dans l’exemple de F., elle est soit l’une soit l’autre. Il y a peu ou pas de flux harmonieux entre les deux, elle bascule d’une réponse motrice à une autre et n’investit pas pour autant son corps. Les moments sont dispersés sans véritable cohésion, elle a du mal à se poser, rester dans son centre ; puis le déploiement vers l’extérieur jaillit, sans projet véritable et où ni l’espace ni son corps sont pour autant habités ou en cohérence avec ce qui se joue à ce moment là.

Cet exercice avec les tissus est un exemple précieux du cheminement vers lequel les chaînes AL et PL de F. se sont peu à peu équilibrées. On est passé d’un jaillissement de tissus, à une mise en forme progressive de ces derniers pour finalement les disposer dans l’espace avec un but précis. Entre temps, elle est passée plusieurs fois par le besoin de se rassembler en les regroupant tous au centre de la pièce ou en faisant « une piscine de foulards » dans laquelle elle pouvait se lover, s’y abandonner en toute sécurité.

Son récit moteur est d’autant plus intéressant que F. m’inclut dans son histoire et réagit à mes improvisations. Elle s’y adapte et les utilise pour se mettre en mouvement. Le récit est donc plus fluide, plus harmonieux et tourné véritablement vers l’autre, avec l’autre. F. est bien présente, dans une interaction adaptée. C’est une première dans nos séances où nous étions jusque là, soit en miroir soit en opposition, et où la fuite vers un ailleurs était constamment en latence. Se mouvoir et cocréer ensemble était jusque là compliqué., l’utilisation de ces objets supports l’ont rendu possible; F. était même déçue que nous n’ayons pas le temps de me faire expérimenter le burrito géant…

Où sont-ils?

Elle a dit : « Mon corps me fatigue, il n’oublie rien c’est pénible… » … « là, c’est sur, il ne pourra pas oublier ! Avec toute la danse qu’on vient de faire, ça va rester en moi. »…. « tu crois que c’est normal si ça reste ? …y a rien à faire, tout reste en moi, je vois quand il respire, je vois par où ça passe. Quand c’est bien, j’ai deux décharges électriques dans chaque bras. » V, 7 ans présentant des troubles anxieux

Elle a dit : « Je ne demande pas grand-chose, juste qu’on me reconnaisse et qu’on sache qui je suis dans cette classe, un prénom pas un numéro. Elle ne savait même pas que j’avais été hospitalisé et que j’avais quitté le lycée. C’est bizarre. Alors je me referme et c’est moi qui suis bizarre. » K, 16 ans, descolarisée, en surpoids

Elle a dit : « Tous ces regards et tous ces jugements m’oppressent, je ne comprends pas qu’on puisse passer son temps à critiquer. Aujourd’hui, on nous demande de mettre des masques alors qu’on en a tellement déjà. Je n’arrive pas être comme eux, normale. » C, 17 ans anorexique

Au skate park, il a fait : Un père avec ses 4 enfants s’agace violemment que son fils n’écoute pas ses conseils. En deux secondes, il lui saute dessus et le roue de coups de pieds et de gifles. Elle est témoin de cette scène et se fige. Les autres enfants continuent de skater l‘air de rien, habitués probablement de ce quotidien.

Dans la rue, elle entend : « t’avances connasse ou c’est moi qui vais te faire avancer ! »

Elle a dit : « Je ne sais pas où je peux crier. Quand je viens ici, c’est mon corps qui hurle et ma tête arrête de réfléchir. Où sont les espaces où je peux arrêter de réfléchir et être normale ? »P,17 ans, boulimique

Elle a dit : « Grâce à la danse, je retrouve des sensations oubliées. Je réalise que je me suis coupée de mon corps et que c’est devenu une machine. Je sens que tout circule à nouveau, c’est comme si j’étais vivante en dedans. J’aime cette sensation incroyable et en même temps, ça me fait très peur. Il n’y a pas d’espace dehors où je peux me permettre cela. » D, 17 ans, anorexique

Il a dit : « Arrête d’être ainsi, ce n’est pas normal »… « tu es trop… »

…Soupir

« Où sont les espaces de libre expression ? Pourquoi devons nous nous évader pour y avoir accès ? A trop vouloir être Normal, je suis devenu fou. Toute ces émotions en moi me submergent. Je me suis trompé de route. J’ai emprunté celle où on apprend à tout couper pour tenir et ne pas trop se démarquer. Faire table rase de la souffrance, celle qui pourtant indique à mon corps comment (re)devenir vivant. La dissociation corporelle a été salvatrice et j’ai eu un sentiment d’appartenance fort: celui des gens dits « Normaux ».

Avec la danse, je découvre une vie souterraine précieuse qui met le langage de mon corps et de tout mon être sur le devant de la scène. Il y a une véritable cohérence entre mon intériorité et son expression. Je peux être. Aujourd’hui, je suis en quête de ces espaces de pleine expression et m’emploie à ce que mon quotidien ne soit plus dissonant. J’ai compris qu’être Normal n’existait pas et que c’était pourtant un des mal du siècle ; J’ai compris que me comparer était une porte qu’il était inutile d’ouvrir et qu’accéder aux richesses de mon âme demandait toute mon énergie.

La danse me rend cette fluidité.

La danse me rend mon corps.

La danse me rend mes émotions. »

M, 45 ans, hyperhumain

Respire

Amoureux du mouvement, 

Photo by Alex Hiller on Unsplash

J’espère que votre été a pu ressembler à qui vous voulez être et que vous n’avez cessé de nourrir les espaces et relations qui vous honorent.


Me revoilà devant un écran après cette coupure nécessaire, dans cette disposition à vous communiquer les dates à venir.Pour autant, mon intention pour cette nouvelle lune est de rester à l’écoute de mon rythme et celui ci me somme de continuer à recevoir et accueillir ce nouvel état, celui qui ne sait rien, celui qui prend le temps de se projeter , celui qui a confiance en ce qui doit être même si ce n’est pas encore manifesté.Il m’a fallu de nombreuses semaines avant de pouvoir me libérer de toutes ces peaux qui me façonnent; il y en a que j’ai pu reconnaître et il y en a d’autres qui, malgré toute ma vigilance, m’étaient inconnues et ne semblaient pas m’appartenir. Il a tout de même fallu m’en défaire avant de pouvoir regoûter à un instantané de vie, libre et sauvage que j’affectionne tant. Aujourd’hui, je sens qu’il me faudra tout autant de semaines pour retrouver mes peaux d’antan et je mets le doigt sur un besoin essentiel: Me respecter dans ce que je suis maintenant. Ainsi, je ne veux pas renier ces parts là de moi qui me sont vitales et je m’emploie quotidiennement à inscrire dans ma réalité toute cette intériorité. Il n’y a plus de réelles dissonances mais une quête riche pour habiter les espaces de transition entre vie sociale et professionnelle, familiale et réalisation du soi.Comment tout concilier et éviter les ruptures? Comment trouver ce flux continue du Soi authentique et ne plus le compromettre?

Cette année, un décalage se crée avec ce qui est communément attendu à la rentrée et la mienne qui ne peut avoir lieu ce mois ci; La maturation, la digestion, les transmutations sont longues et j’ai besoin de leur faire de la place et entendre les murmures de mon âme. Il y a aussi mes nouveaux engagements en clinique psy qui ont besoin de toute mon attention et, tout comme lorsque je suis avec vous, appellent une présence que je souhaite être de qualité, pleine, entière, vrai.


💕Vous trouverez sur le site toutes les informations pour les ateliers mensuels qui reprennent le 10/10/20 avec une nouvelle formule, propice à la découverte et aussi à la recherche de profondeur pour celles et ceux qui le souhaitent; les accompagnements individuels perdurent; le stretching et son travail de conscience corporelle reprennent également début octobre à la MVC de St Etienne de Bayonne; Enfin, le module de formation avec Benoit Lesage sur les chaînes musculaires a lieu du 22 au 27 septembre à Mendionde. 


Avec tout mon Amour,
Clémentine

La consolation de Joséphine

Mardi 17 mars 12h

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Joséphine est confinée chez elle.

Joséphine est confinée chez elle comme tous les français.

Joséphine, elle, est confinée chez elle depuis quelques mois. Elle trouve parfois la force d’en sortir mais mettre son bout de nez dehors est une épreuve. Joséphine a 30 ans. Elle se cherche une place dans ce bout du monde qui l’effraie. Oui, le monde tel qu’il est actuellement, est terrifiant pour Joséphine. Il y a du monde, beaucoup de bruit (pour rien se demande t-elle souvent), beaucoup de lumière, beaucoup de beaucoup et son petit corps y réagit fortement. Elle se sent souvent agressée, elle pense ne pas avoir les codes de cette frénésie qu’on lui somme d’appeler « Norme ». Elle est spectatrice impuissante de trop d’incohérences. Joséphine s’en veut et Joséphine cherche, tout le temps. Elle tente de rallier le wagon de « ces gens là (pour qui ) cela n’est point hideux »; elle ne cesse de questionner ses goûts, ses visions, cette façon particulière qu’elle a d’appréhender la vie. Joséphine fait des efforts mais elle ne s’y retrouve pas. Jamais. Joséphine sent ce terrible décalage, tout son corps en tremble et l’empêche de se construire une vie sociale. Elle aimerait pouvoir sortir elle aussi, fréquenter ces endroits de lumière et de bruit, assister à un concert, enchaîner sur un ptit dej’ avec mami, retrouver ses enfants au parc avant de partir en week end avec son mari où ils recevront 4 couples et pourront refaire le monde tout du long où ils joueront au tennis, courront, tout en étant si parfaits avec leurs enfants …Oui, c’est ça. Joséphine aimerait « enchaîner ». Elle adorerait être de celles et ceux qui savent tout faire et tout enchaîner sans jamais s’arrêter, sans avoir besoin de le faire, sans se poser de questions, jamais!. Alors elle se compose une vie pour que ce décalage qu’elle ressent si fort puisse s’atténuer et être moins handicapant. Elle constate avec effroi cette façon qu’elle a de tout prendre dès qu’elle rentre dans une pièce; elle suffoque des émotions des autres et ne parvient plus à saisir les siennes. Joséphine se perd, Joséphine s’oublie, Joséphine s’efface. Elle décide de se couper du monde avant d’avoir compris qu’elle s’était coupée d’elle même. Joséphine accepte ses phobies.

Le temps lui offre peu à peu la compréhension de son être. En s’effaçant du monde, Joséphine fait un plongeon au cœur d’elle même et commence le chemin bienheureux d’une mise à jour sur qui elle est en découvrant ses véritables besoins. Elle apprend à être autonome et à ne plus subir le poids du regard extérieur sur ses décisions qui interpellent; elle écoute les messages de son corps qui lui disent quand ralentir et comment nourrir ces espaces de rien qui deviennent si précieux et indispensables à son équilibre. Quand tout s’agite autour d’elle, elle trouve à présent la force de ralentir quitte à ne plus sortir dehors et à passer pour une « sauvage ». Elle s’offre de nombreuses retraites, elle aime s’extraire et créer. Joséphine n’a plus peur de passer du temps seule, entourée de ses fantômes. Elle aime lire, écrire, danser et dessiner. Elle aime le silence et les battements de son cœur. Elle aime sentir quand elle a faim et pouvoir vivre à l’écoute de son cœur et de son ventre. Elle aime prendre le temps de cuisiner avec des bons produits, ceux qui remplissent son âme. Elle aime marcher dans la nature et contempler ses enfants s’ennuyer. Joséphine aime tant de rien. Elle apprend alors à se faire une sorte de mallette de secours pour ces moments de repli qu’elle affectionne. Pourtant, il y a toujours cette voix qui lui murmure son décalage, qu’elle devrait faire ci ou ça et ne « pas trop s’éloigner du sol ».

Aujourd’hui Joséphine est confinée…

comme tous les français…

mais aujourd’hui, Joséphine ne se sent pas en décalage et elle a tous les codes.

Une pensée particulière à toutes celles et ceux qui souffrent de phobie sociale ou qui ont fait le choix de chemins différents…

Avec tout mon Amour

 

Les Portes de l’Enfance

Au commencement, tout était neuf….

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Entreprendre un travail sur soi vient interroger les rouages de notre psyché et les différents chapitres qui la jalonnent. C’est une série de portes à franchir, ouvrir, fermer, réparer si nous les avons briser… Comment accéder à notre royaume inconscient et expérimenter la richesse de nos vies souterraines? Ne regorge t-il pas de Portes témoins de passages plus ou moins fluides vers de nouveaux nivaux de conscience? Ne sont-elles pas la promesse de nos plus belles transformations?

Le jeu pourrait être simple si nous nous en tenions à cette règle: en ouvrir une et la refermer, ouvrir la suivante et la refermer, et ainsi de suite. Pourtant, certaines sont verrouillées, d’autres protégées par une armée  prête à bondir et si certaines semblent accessibles, d’autres peuvent être interdites, effrayantes, maléfiques.  Force est de constater que de nombreuses portes à ouvrir peuvent nous ramener incessamment devant la même porte et cette sensation de « déjà vu » et de « ne pas avancer » peuvent être douloureux. Le temps pourra nous donner les clés de la douceur pour réaliser que nous ouvrons effectivement la même porte mais que nous la refermons de plus en plus vite et qu’en son sein, nous peaufinons nos mécanismes, un peu plus, un peu mieux à chaque réouverture.

C’est dire son importance dans la qualité des prochaines ouvertures, comme si une porte pouvait être le terreau de toutes les autres.

Il semble exister plusieurs Portes « fondamentales » qui porteraient en elles de nombreuses directions à expérimenter, riches de transformations personnelles mais je souhaite aujourd’hui vous partager l’expérience des Portes de L’enfance qui semblent reliées à toutes les autres.

Me souvenir qu’au commencement tout était neuf et… comprendre.

Comprendre ce décalage presque étouffant entre ce qui est naturellement et joyeusement inscrit en moi et comment mes blessures m’en ont coupé et m’empêchent d’y accéder à nouveau.

Le mouvement libre et spontané, est venu me révéler l’existence de certaines portes. Il est venu projeter une lumière sur un endroit à découvrir, une zone d’ombre laissée pour compte. Faire confiance à mon corps est à ce moment là nécessaire. L’éclairage  de mes angles morts, de ces points énergétiques et/ou de ces mémoires figées, se fait non pas de manière anodine mais bien parce qu’il semble que je sois prête à en prendre conscience à ce moment là. Je suis donc libre de les explorer et de plonger dans cet espace inconnu.

Le mouvement m’offre sa double fonction en me permettant de débloquer et de danser mes empêchements. Je peux, grâce à lui, sublimer ce magma énergétique en plongeant dans un processus de création. Non seulement il me révèle une porte à franchir mais il est un outil précieux pour accéder à ma métamorphose. Dans cet acte de créer, je vais pouvoir me reconnecter à ma part sensible et vivante, indispensables, mais dont je me coupe aisément si je ne suis pas vigilante.

Donner une intention au mouvement, et ce, quelque soit la fonction recherchée, en fait un merveilleux allié de guérison et quoi de plus évident que de le confronter aux blessures émotionnelles de l’enfance (ou les 5 blessures de l’âme de Lise Bourbeau).

Je ne sais pas si on peut guérir de ses blessures et, avant d’avoir une réponse, je cherche des moyens accessibles pour mieux vivre avec et envelopper mon âme. La peur d’être rejeté, abandonné, humilié, trahi tout comme nos révoltes face à l’injustice et nos impuissances peuvent nous pousser à agir à l’encontre de ce qui est juste et bon pour nous. Nous mettons en place des systèmes de défense et/ou de protection à notre détriment. Pourtant, une fois identifiées ces blessures archaïques, nous apprenons à enrayer les situations qui les réactivent et à ne plus nous engouffrer dans nos drames personnels. Cela nous évite ainsi d’offrir des réponses inappropriées et de les nourrir ou de subir une situation source de souffrance; Comprendre les mécanismes biaisés qui en découlent m’offre l’occasion d’un mouvement, d’un changement possible en faveur d’un cheminement conscient vers l’acceptation, gage de ma libération.

Danser dans cette quête de sens me donne l’occasion de me reconnecter à ce qui est inscrit en moi au-delà de tout. Danser dans cette quête de sens répond à cette envie furieuse de renouer avec une véracité d’être et de retrouver ce Moi authentique. Danser dans cette quête de sens peut parfois être ma seule légitimité d’être et m’offre un acte concret de transformation de mes ombres en lumière. Danser m’amène devant toutes les Portes et danser m’accompagnera toujours lorsque la porte sera franchie.

Au commencement, tout était neuf.

C’est une proposition,  une sorte de laboratoire de recherche pour ce prochain week-end résidentiel en danse thérapie. Trouvons les clés.

Trouvons celles qui ouvrent les Portes de notre enfance et qui semblent abriter notre besoin de sécurité mais aussi celles qui se font les gardiennes de nos rêves enfouis  et des dons qui sommeillent en chacun de nous. Franchissons ces Portes, dansons pour elles et laissons notre corps nous guider vers ce qu’il est temps de mettre en lumière.

Au commencement, tout était neuf…

A nos différences

zenos frudakisArtiste photo: Zenos Frudakis

Témoignage

Je suis heureuse de vous partager un texte écrit par une des danseuses des ateliers mensuels en danse thérapie et expression de soi:

 » Samedi qui arrive, on va chez Clémentine!!…ce n’est pas avec, mais chez ; car Clémentine nous invite ! à accueillir, tous ensemble, et inclus soi-même dans le groupe, les corps en état de langage ….
Quelque soit ce corps, cet esprit, cette âme …..timides, en souffrance, en cours d’épanouissement, en joie..et/ou avec ses singularités apparentes, marquées…qui engendrent communément la mise à l’écart, la non-altérité…
Alors, cette personne singulière, communément nommée « Handicapée » est c/o (care off = sous les bons soins de) Clémentine , un élément du groupe -qui s’exprime – manifeste – en résonance – en vibration – communique sans éprouver la hiérarchisation de sa valeur –
et donc se nourrit de cette richesse, dans la construction de son être à part entière, et l’affranchissement d’une discrimination ambiante…dans un mouvement commun et partagé.. d’expansion du groupe, et de chacun…Merci…
Il est indispensable pour notre fonctionnement sociétal et collectif de converser avec « l’Autre » quel qu’il soit!
Que la grâce, la joie, le gout de danser ne restent pas cantonnés au milieu dit « spécialisé », mais soient accueillis dans toutes leur richesse et leur créativité.
Dans la nature, la « Conformité » n’existe pas !! »

Une dernière valse

« Vous ne me ferez jamais danser ! En 87 ans, c’est jamais arrivé… »

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Tranche de vie en EHPAD

Tous les mardis depuis 9 mois, je m’offre un voyage. 45 minutes me séparent de mon lieu de travail. Je prends cette entrée en matière tel un sas de décompression et une chance inouïe de pouvoir jouir d’aussi bon matin, d’un tel paysage que m’offrent les routes du Pays Basque. Je m’enfonce dans les terres, tantôt captée par les voix de France Inter, tantôt « décorporée », comme sortie de moi, transportée par les musiques que je proposerais probablement.

Tous les mardis matins, depuis 9 mois, je me sens chanceuse et, un peu plus chaque fois, je remplis mon vase de la reconnaissance. Avec les saisons, les couleurs changent et m’offrent un spectacle sans cesse différent ; cela participe à mon état d’être qui se rapproche de celui (re)trouvé après une belle méditation. Une évidence, une juste place, un (ré)alignement, un bonheur plein…

Je sais aussi les personnes que je retrouve, la pratique d’un métier-passion dans un cadre bienveillant et où tous les ingrédients de la justesse se rassemblent. Il y a cette confiance qui participe à tant de beauté…Confiance entre partenaires et équipes médico-sociales, confiance entre résidents et avec moi même, confiance en la danse-thérapie et confiance en ce qui doit être…

Chaque mardi depuis 9 mois, je caresse délicieusement la définition parfaite et savoureuse de cette notion vaste : « se saisir de l’instant présent ». Je la sens dans mon corps tout entier, je prends la mesure de tous les mots d’Eckart Tolle, cet endroit sait les rendre vivants, je me prends dans tout mon être la puissance de l’instant présent. Merci.

Tous les mardis depuis 9 mois, je retrouve Jeanne, Yvonne, Maitexa, Prospère, Thérèse, Daniella, Mariana, André, Peyo, Madeleine, Xan, Martin, Rose….et tant d’autres…Nous sommes à Iholdy et Isturits, en EHPAD, et nous dansons, nous rions, nous nous émerveillons…Nous offrons un espace sacré à nos corps meurtris et oubliés et nous les invitons joyeusement au mouvement, simplement, avec ce qui est là, ce qu’il y a de moins douloureux aujourd’hui, ce qui veut bien se mouvoir malgré la perte d’un voisin et/ou d’un ami, malgré tout ce qui nous rappelle nos possibles d’antan…notre corps, la musique, le temps qui est passé et cet inconnu à venir.

Nous jouons le jeu de jouir pleinement de cet instant fugace, si présent, si vivant, si créateur de vie. Nous l’épousons et nous en faisons ce que nous voulons, peu importe les codes pourtant bien ancrés encore : la technique, le regard de l’autre, le jugement, la maladresse…

Seul.e.s ceux étant aux prises avec leur mémoire, bénéficient de cette spontanéité inégalée et ne s’encombrent plus de « tout ce qui empêche ». Ils sont. Ils ressentent, le vivent, le véhiculent et le partagent. Il n’y a plus de filtre et cette spontanéité est garante de joie immédiate et sincère, de cœur à cœur et d’âme à âme. Et toujours, dans cet élan si naturel, le corps est surprenant. Il se dit avec 10 ans de moins, nous fait douter sur le diagnostique et la notion du temps, et nous rappelle de l’urgence d’être, ici et maintenant, de croire en la magie, cette force-vie.

Je suis le témoin de ces corps qui semblent légers et qui flottent un instant, de ces corps sans douleurs, de ces émotions qui explosent et qui soulagent, de ces histoires sans mots et sans paroles mais qui disent tant de cet amour permanent et nécessaire. La danse et la musique viennent (r)éveiller tout cela en même temps ; elles effacent toutes les étiquettes, les codes en lien avec telle ou telle maladie et hurlent ces corps aimants, ces corps vibrants….ces miracles. Puissance de l’instant présent.

Et puis il y a le groupe de « ceux qui ont encore toute leur tête » ; Ceux avec qui je peux échanger verbalement, ceux qui n’ont pas le choix que de rester sur leur fauteuil, d’être tributaires de leur déambulateur et qui ont toute leur conscience pour leur rappeler chaque jour que le temps passe. Ce qui les « empêchait » jadis les « empêche » toujours. Les croyances sont inchangées, seul leur corps permet des variations Goldberg. La magie opère pourtant et l’accès au mouvement est de plus en plus naturel.

T. fait partie de ce groupe.

Elle a une insuffisance cardiaque et son nouveau corps ne lui permet presque plus de se lever sur ses deux jambes. De forte corpulence, elle ne cache pas pour autant son immense plaisir à être parmi nous. Elle profite de chaque moment de danse pour jouer et se rire d’un personnage qu’elle incarne divinement. J’ai le sentiment d’entrer en scène lorsque je m’adresse à T. Nous entreprenons notre histoire et,par un jeu de mains et des yeux qui cherchent, nous créons le mouvement qui nous est offert avec ce que nous avons. Je m’avance théâtralement, mon corps répond à ses directives d’avancer ou de reculer, de repousser, de virevolter…je tourne autour d’elle et nous improvisons une danse qui est la notre et participe à la joie collective où tous se marrent de cette histoire que chacun interprète à sa sauce. Nos duos deviennent un rdv, que je me surprend à attendre.

Vient le jour où, en fin de séance, je constate la présence d’un nouveau danseur, venu discrètement dans ce cercle de joie. Je l’interpelle sur la nécessité de nous mouvoir et, à peine ai-je prononcé ces mots, que sa moue me signifie un « à quoi bon » qui en dit long. Il dit être venu pour voir…écouter la musique, et encore !

« En 87 ans, je n’ai JAMAIS dansé! Ce n’est pas vous qui allez me faire danser aujourd’hui ! »

« ha !? »

« Je suis le mari de T. Dis lui, T., que nous n’avons jamais dansé en 67 ans de mariage !. »

T. approuve, sourire en coin.

Il me met au défie forcément.

« Ok. Mais là, comme ça, si je pouvais mettre une musique, laquelle ferait du bien à votre corps ? »

« Pfff…Aller…une valse peut être…et encore !! »

Je cherche une valse des plus classiques qu’il soit dans mon répertoire et trouve celle d’André Rieu. Le cercle des Sages est en stand by mais vibre déjà dès les 1° notes. T. reprend ses mimiques et son jeu de regard, puis, contre toute attente se lève et traverse le cercle pour rejoindre son mari.

Je suis sans mots et sans mouvements, juste prête à parer à tout déséquilibre.

T. invite d’une main son mari.

Le temps s’arrête.

Ça et juste ça est un cadeau suspendu et relève du miracle. C’est une image magnifique que je sais déjà gravée en moi.

Son mari, ayant pourtant juré n’avoir jamais dansé avec elle en 67 ans de mariage, se lève à son tour et se laisse emporter.

T. et son mari nous offrent une valse.

Leur première.

Instant de grâce.

Visages radieux et corps flottants.

T. rajeunit de 20 ans, elle savoure son cadeau et son mari nous renvoie son « à quoi bon »…. « à quoi bon avoir tant attendu ! ».

Ils sont magnifiques.

Personne n’intervient. Personne ne danse. Nous participons à faire de ce moment un moment unique et délicatement dédié à T. et son mari.

Bien sûr, je m’inquiète pour T. que nous devons ménager.

Des deux, c’est elle qui semble être la plus fragile mais je ne peux interrompre cette 1° fois.

(…)

La semaine se passe et comme à chaque fois, j’arrive le mardi avec cette appréhension : l’annonce des départs, le nom de ceux qui nous ont quitté.

Et, ce jour là, j’apprends que le mari de T. est parti.

Nous étions tous préoccupés par T. au vu de sa santé, mais c’est son mari qui est parti en premier. Une semaine après sa 1° valse..

La mémoire de T. lui permet un recul salvateur et dans le même temps, le souvenir de cette première et dernière valse est un baume inestimable. Il l’enveloppe et lui donne ce…ce truc dont je n’ai pas de mot….pour continuer à se saisir de ces instants de vie.

Durant un mois, T. continuera de venir d’elle même aux ateliers et à nous rappeler cet instant magique qu’elle a partagé avec son mari. Elle se saisira de tout ce qu’elle peut se saisir encore, nous envahira de sa joie et de son jeu théâtrale hors du commun puis, très vite, retrouvera son cavalier.

T. merci.

Merci à tous les deux pour cet instant de grâce.

Merci pour cette valse majestueuse et votre permission d’être.

L’appel de ton âme

« Peut être n’y a t-il pas de hasard ? Peut être que par manque de vigilance et de rigueur tu es inattentive à tout ce qui s’écrit dans ta vie. Peut être est ce cela que tu dois améliorer, ta vigilance et la qualité de ton regard, une autre dimension de toi »

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Extrait d’un dialogue inspiré des écrits de Lorette Nobécourt, Philippe Besson et Scott Peck…Croyons en nos rêves et affinons l’écoute de notre âme et de notre corps qui savent🙏🦋

« A : Je ne sais pas si chacun finit par affronter un jour l’horreur qu’il porte en lui mais si l’on a cette chance cela modifie l’être en profondeur et plus rien ensuite n’est tout a fait pareil.
…Tu ne peux pas changer si tu n’es pas réellement menacé(e)

C : trop de transformations !

A : Ta souffrance n’est elle pas la manifestation d’une vérité ? Tiens, tu devrais remercier ceux qui t’ont fait souffrir, grâce à eux tu grandis

C : Je sens que je vais crever ou (re)naître
Je n’ai jamais senti de façon aussi aiguë l’importance de mes choix, je dois sortir de l’aveuglement

A : A une certaine heure de sa vie il faut savoir sauter dans le vide, c’est la seule façon de savoir si tu peux voler

C : Avancer sans filet…dis moi, à quel moment ai je endossé ce rôle ? Regarde les efforts désespérés pour y adhérer ! Le briser ? Je n’ai plus le choix, je suis au pied du mur, ne peux plus faire semblant, comment faire pour passer de la surface à la profondeur ?

A : Plus on est vrai, plus on devient irréel(le)

C : Je ne suis pas en phase. Jamais. Toujours. Ce que le monde nomme folie, désordre, dysfonctionnement, j’y vois la vie. Dois je me contenter d’un confort douillet, d’une existence sans aspérité, sans consistance ?

A : Si tu triches avec toi même tu renonces à tout

C : Je suis terrifiée. Seule une folle peut choisir une telle voie, mais je sens là, au plus profond de moi que c’est ce que je dois faire…même si cela veut dire être en désaccord avec l’ordre établi, je dois être moi. M’autoriser à vivre…je fais ce choix là. J’ai la naïveté de croire que la vie est une aventure osée ou rien du tout.
…J’ai fui l’abandon, la solitude, la mort et je dois de nouveau leur faire face.
Vivre au jour le jour…CARPEDIEM !!!…Boris (référence à Cyrulnik) où es tu ?
Comprendre…quelle douceur pourtant de se tenir au bord du gouffre…le mensonge qui permet d’échapper à soi même…tu comprends ?

A : oui

C : Ça me rattrape , je dois ouvrir les yeux, je suis désespérée, quels mauvais choix ai je fait ? Je n’ai rien accompli. Comment une vie peut elle se déliter si vite ? Je ne suis pas à ma place. Mais où est elle ?
…je suis fragile mais c’est ma force. J’accède à des immensités que les autres ignorent, ces espaces sur lesquels le monde repose qui réclament d’être dévoilés. Merveilleux ou infernaux.

A : Peut être n’y a t-il pas de hasard ? Peut être que par manque de vigilance et de rigueur tu es inattentive à tout ce qui s’écrit dans ta vie. Peut être est ce cela que tu dois améliorer, ta vigilance et la qualité de ton regard, une autre dimension de toi.
Tu souffres, ton acuité au monde est décuplée elle te permet de voir ce que tu ne verrais  en état de plaisir permanent.

Quand le corps reprend ses droits, les mots s’écrasent

Saisie cette voie avant que tout ne se referme et surtout, oui surtout, n’oublie pas que tout se transforme »

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Danser

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« Danser.

Je ne sais pas très bien à quoi cela tient un danseur. Pourquoi ni comment quelque chose en soi résiste au-delà de tout, au-delà des soucis d’argent, de la solitude, du sentiment d’incompréhension et d’inutilité qui parfois submerge, de la vanité de toute cette énergie consacrée à témoigner d’une certaine vision du monde, d’une exigence ou plutôt d’une soif qui exige en soi. Je ne sais pas. Je sais seulement que je ne peux faire autrement, parce que autrement pour moi, c’est mourir. Or, j’ai choisi la vie.

Je comprends si bien comment par lassitude ou épuisement, les uns après les autres abandonnent et se replient vers l’ordre de la mort. Je connais cet harassement et ce dégoût de la répétition qui vient sans cesse interroger la qualité de notre exigence et de notre dignité d’homme. Et pourtant, ce sont ces intimes fatigues qui vous conduisent progressivement vers la nudité nécessaire à partir de laquelle le vivant peut nous habiter.

Humblement, il m’arrive de perdre courage. Cependant la danse me redresse et me tient. C’est l’unique façon que j’ai de ne pas complètement échouer à tenir cette promesse qu’est la vie, témoignant ainsi de cet absolu à notre portée qui est celui non pas seulement d’être heureux, mais vivant.

Vous parlez comme quelqu’un qui a survécu à un traumatisme et vit uniquement pour témoigner m’a dit un jour un médecin.

Je témoigne de cet absolu, n’en finissant pas de survivre à ce traumatisme qu’est le monde. L’absence de sécurité intérieure où j’ai perpétuellement vécu, m’a « contrainte » à tisser cet incroyable espace spirituel qu’est la danse, où je peux m’en libérer .

Elle m’a permis de me construire sur mes propres ruines dont chaque fragment m’appartient. Je suis entrée dans le plaisir intense d’accéder à ma propre vérité. Je sais désormais à quel point la vérité rend heureux et que chercher la sienne c’est aussi dévoiler celle des autres.

Danser seul me donne la légitimité d’être.

Je n’en ai aucune autre.

Cette part inaltérable en moi, personne ne peut la posséder, y compris moi même, elle m’ouvre un accès continuel à la connaissance qui est, à mes yeux, un autre nom de l’amour »

Lorette Nobercourt (ici, le verbe « danser » vient remplacer le sien qui est « écrire »)