à la Une

Danse thérapie et expression de soi

Il s’agit de l’extrait de l’article.

« A travers la danse que j’enseigne, j’entends rendre cet art accessible au plus grand nombre, favoriser les rencontres entre les personnes, qu’elles soient en situation de handicap, retraitées, addictes, réfugiées, hors cadres…

Retrouver confiance en soi, se (ré)approprier son corps, lâcher prise le temps d’une séance, tout en intégrant les multiples bénéfices psycho-corporels de cette pratique, sont autant d’éléments qui m’encouragent à développer une danse « démocratique » aux antipodes de la notion de performance.
A mes yeux, la danse (et toute autre forme de spectacle vivant), est un échappatoire, un concentré de bonheur, un sas, dans « l’ici et maintenant », source d’inspiration et de motivation. C’est une pratique fédératrice et intergénérationnelle que je souhaite partager et notamment offrir à ceux qui n’y ont pas ou peu accès. » 

flyer dt 2019

 

Une dernière valse

« Vous ne me ferez jamais danser ! En 87 ans, c’est jamais arrivé… »

dav

Tranche de vie en EHPAD

Tous les mardis depuis 9 mois, je m’offre un voyage. 45 minutes me séparent de mon lieu de travail. Je prends cette entrée en matière tel un sas de décompression et une chance inouïe de pouvoir jouir d’aussi bon matin, d’un tel paysage que m’offrent les routes du Pays Basque. Je m’enfonce dans les terres, tantôt captée par les voix de France Inter, tantôt « décorporée », comme sortie de moi, transportée par les musiques que je proposerais probablement.

Tous les mardis matins, depuis 9 mois, je me sens chanceuse et, un peu plus chaque fois, je remplis mon vase de la reconnaissance. Avec les saisons, les couleurs changent et m’offrent un spectacle sans cesse différent ; cela participe à mon état d’être qui se rapproche de celui (re)trouvé après une belle méditation. Une évidence, une juste place, un (ré)alignement, un bonheur plein…

Je sais aussi les personnes que je retrouve, la pratique d’un métier-passion dans un cadre bienveillant et où tous les ingrédients de la justesse se rassemblent. Il y a cette confiance qui participe à tant de beauté…Confiance entre partenaires et équipes médico-sociales, confiance entre résidents et avec moi même, confiance en la danse-thérapie et confiance en ce qui doit être…

Chaque mardi depuis 9 mois, je caresse délicieusement la définition parfaite et savoureuse de cette notion vaste : « se saisir de l’instant présent ». Je la sens dans mon corps tout entier, je prends la mesure de tous les mots d’Eckart Tolle, cet endroit sait les rendre vivants, je me prends dans tout mon être la puissance de l’instant présent. Merci.

Tous les mardis depuis 9 mois, je retrouve Jeanne, Yvonne, Maitexa, Prospère, Thérèse, Daniella, Mariana, André, Peyo, Madeleine, Xan, Martin, Rose….et tant d’autres…Nous sommes à Iholdy et Isturits, en EHPAD, et nous dansons, nous rions, nous nous émerveillons…Nous offrons un espace sacré à nos corps meurtris et oubliés et nous les invitons joyeusement au mouvement, simplement, avec ce qui est là, ce qu’il y a de moins douloureux aujourd’hui, ce qui veut bien se mouvoir malgré la perte d’un voisin et/ou d’un ami, malgré tout ce qui nous rappelle nos possibles d’antan…notre corps, la musique, le temps qui est passé et cet inconnu à venir.

Nous jouons le jeu de jouir pleinement de cet instant fugace, si présent, si vivant, si créateur de vie. Nous l’épousons et nous en faisons ce que nous voulons, peu importe les codes pourtant bien ancrés encore : la technique, le regard de l’autre, le jugement, la maladresse…

Seul.e.s ceux étant aux prises avec leur mémoire, bénéficient de cette spontanéité inégalée et ne s’encombrent plus de « tout ce qui empêche ». Ils sont. Ils ressentent, le vivent, le véhiculent et le partagent. Il n’y a plus de filtre et cette spontanéité est garante de joie immédiate et sincère, de cœur à cœur et d’âme à âme. Et toujours, dans cet élan si naturel, le corps est surprenant. Il se dit avec 10 ans de moins, nous fait douter sur le diagnostique et la notion du temps, et nous rappelle de l’urgence d’être, ici et maintenant, de croire en la magie, cette force-vie.

Je suis le témoin de ces corps qui semblent légers et qui flottent un instant, de ces corps sans douleurs, de ces émotions qui explosent et qui soulagent, de ces histoires sans mots et sans paroles mais qui disent tant de cet amour permanent et nécessaire. La danse et la musique viennent (r)éveiller tout cela en même temps ; elles effacent toutes les étiquettes, les codes en lien avec telle ou telle maladie et hurlent ces corps aimants, ces corps vibrants….ces miracles. Puissance de l’instant présent.

Et puis il y a le groupe de « ceux qui ont encore toute leur tête » ; Ceux avec qui je peux échanger verbalement, ceux qui n’ont pas le choix que de rester sur leur fauteuil, d’être tributaires de leur déambulateur et qui ont toute leur conscience pour leur rappeler chaque jour que le temps passe. Ce qui les « empêchait » jadis les « empêche » toujours. Les croyances sont inchangées, seul leur corps permet des variations Goldberg. La magie opère pourtant et l’accès au mouvement est de plus en plus naturel.

T. fait partie de ce groupe.

Elle a une insuffisance cardiaque et son nouveau corps ne lui permet presque plus de se lever sur ses deux jambes. De forte corpulence, elle ne cache pas pour autant son immense plaisir à être parmi nous. Elle profite de chaque moment de danse pour jouer et se rire d’un personnage qu’elle incarne divinement. J’ai le sentiment d’entrer en scène lorsque je m’adresse à T. Nous entreprenons notre histoire et,par un jeu de mains et des yeux qui cherchent, nous créons le mouvement qui nous est offert avec ce que nous avons. Je m’avance théâtralement, mon corps répond à ses directives d’avancer ou de reculer, de repousser, de virevolter…je tourne autour d’elle et nous improvisons une danse qui est la notre et participe à la joie collective où tous se marrent de cette histoire que chacun interprète à sa sauce. Nos duos deviennent un rdv, que je me surprend à attendre.

Vient le jour où, en fin de séance, je constate la présence d’un nouveau danseur, venu discrètement dans ce cercle de joie. Je l’interpelle sur la nécessité de nous mouvoir et, à peine ai-je prononcé ces mots, que sa moue me signifie un « à quoi bon » qui en dit long. Il dit être venu pour voir…écouter la musique, et encore !

« En 87 ans, je n’ai JAMAIS dansé! Ce n’est pas vous qui allez me faire danser aujourd’hui ! »

« ha !? »

« Je suis le mari de T. Dis lui, T., que nous n’avons jamais dansé en 67 ans de mariage !. »

T. approuve, sourire en coin.

Il me met au défie forcément.

« Ok. Mais là, comme ça, si je pouvais mettre une musique, laquelle ferait du bien à votre corps ? »

« Pfff…Aller…une valse peut être…et encore !! »

Je cherche une valse des plus classiques qu’il soit dans mon répertoire et trouve celle d’André Rieu. Le cercle des Sages est en stand by mais vibre déjà dès les 1° notes. T. reprend ses mimiques et son jeu de regard, puis, contre toute attente se lève et traverse le cercle pour rejoindre son mari.

Je suis sans mots et sans mouvements, juste prête à parer à tout déséquilibre.

T. invite d’une main son mari.

Le temps s’arrête.

Ça et juste ça est un cadeau suspendu et relève du miracle. C’est une image magnifique que je sais déjà gravée en moi.

Son mari, ayant pourtant juré n’avoir jamais dansé avec elle en 67 ans de mariage, se lève à son tour et se laisse emporter.

T. et son mari nous offrent une valse.

Leur première.

Instant de grâce.

Visages radieux et corps flottants.

T. rajeunit de 20 ans, elle savoure son cadeau et son mari nous renvoie son « à quoi bon »…. « à quoi bon avoir tant attendu ! ».

Ils sont magnifiques.

Personne n’intervient. Personne ne danse. Nous participons à faire de ce moment un moment unique et délicatement dédié à T. et son mari.

Bien sûr, je m’inquiète pour T. que nous devons ménager.

Des deux, c’est elle qui semble être la plus fragile mais je ne peux interrompre cette 1° fois.

(…)

La semaine se passe et comme à chaque fois, j’arrive le mardi avec cette appréhension : l’annonce des départs, le nom de ceux qui nous ont quitté.

Et, ce jour là, j’apprends que le mari de T. est parti.

Nous étions tous préoccupés par T. au vu de sa santé, mais c’est son mari qui est parti en premier. Une semaine après sa 1° valse..

La mémoire de T. lui permet un recul salvateur et dans le même temps, le souvenir de cette première et dernière valse est un baume inestimable. Il l’enveloppe et lui donne ce…ce truc dont je n’ai pas de mot….pour continuer à se saisir de ces instants de vie.

Durant un mois, T. continuera de venir d’elle même aux ateliers et à nous rappeler cet instant magique qu’elle a partagé avec son mari. Elle se saisira de tout ce qu’elle peut se saisir encore, nous envahira de sa joie et de son jeu théâtrale hors du commun puis, très vite, retrouvera son cavalier.

T. merci.

Merci à tous les deux pour cet instant de grâce.

Merci pour cette valse majestueuse et votre permission d’être.

L’appel de ton âme

« Peut être n’y a t-il pas de hasard ? Peut être que par manque de vigilance et de rigueur tu es inattentive à tout ce qui s’écrit dans ta vie. Peut être est ce cela que tu dois améliorer, ta vigilance et la qualité de ton regard, une autre dimension de toi »

20190820_130830

Extrait d’un dialogue inspiré des écrits de Lorette Nobécourt, Philippe Besson et Scott Peck…Croyons en nos rêves et affinons l’écoute de notre âme et de notre corps qui savent🙏🦋

« A : Je ne sais pas si chacun finit par affronter un jour l’horreur qu’il porte en lui mais si l’on a cette chance cela modifie l’être en profondeur et plus rien ensuite n’est tout a fait pareil.
…Tu ne peux pas changer si tu n’es pas réellement menacé(e)

C : trop de transformations !

A : Ta souffrance n’est elle pas la manifestation d’une vérité ? Tiens, tu devrais remercier ceux qui t’ont fait souffrir, grâce à eux tu grandis

C : Je sens que je vais crever ou (re)naître
Je n’ai jamais senti de façon aussi aiguë l’importance de mes choix, je dois sortir de l’aveuglement

A : A une certaine heure de sa vie il faut savoir sauter dans le vide, c’est la seule façon de savoir si tu peux voler

C : Avancer sans filet…dis moi, à quel moment ai je endossé ce rôle ? Regarde les efforts désespérés pour y adhérer ! Le briser ? Je n’ai plus le choix, je suis au pied du mur, ne peux plus faire semblant, comment faire pour passer de la surface à la profondeur ?

A : Plus on est vrai, plus on devient irréel(le)

C : Je ne suis pas en phase. Jamais. Toujours. Ce que le monde nomme folie, désordre, dysfonctionnement, j’y vois la vie. Dois je me contenter d’un confort douillet, d’une existence sans aspérité, sans consistance ?

A : Si tu triches avec toi même tu renonces à tout

C : Je suis terrifiée. Seule une folle peut choisir une telle voie, mais je sens là, au plus profond de moi que c’est ce que je dois faire…même si cela veut dire être en désaccord avec l’ordre établi, je dois être moi. M’autoriser à vivre…je fais ce choix là. J’ai la naïveté de croire que la vie est une aventure osée ou rien du tout.
…J’ai fui l’abandon, la solitude, la mort et je dois de nouveau leur faire face.
Vivre au jour le jour…CARPEDIEM !!!…Boris (référence à Cyrulnik) où es tu ?
Comprendre…quelle douceur pourtant de se tenir au bord du gouffre…le mensonge qui permet d’échapper à soi même…tu comprends ?

A : oui

C : Ça me rattrape , je dois ouvrir les yeux, je suis désespérée, quels mauvais choix ai je fait ? Je n’ai rien accompli. Comment une vie peut elle se déliter si vite ? Je ne suis pas à ma place. Mais où est elle ?
…je suis fragile mais c’est ma force. J’accède à des immensités que les autres ignorent, ces espaces sur lesquels le monde repose qui réclament d’être dévoilés. Merveilleux ou infernaux.

A : Peut être n’y a t-il pas de hasard ? Peut être que par manque de vigilance et de rigueur tu es inattentive à tout ce qui s’écrit dans ta vie. Peut être est ce cela que tu dois améliorer, ta vigilance et la qualité de ton regard, une autre dimension de toi.
Tu souffres, ton acuité au monde est décuplée elle te permet de voir ce que tu ne verrais  en état de plaisir permanent.

Quand le corps reprend ses droits, les mots s’écrasent

Saisie cette voie avant que tout ne se referme et surtout, oui surtout, n’oublie pas que tout se transforme »

0f29ba661f00e5eb6deaa7a5307a570a

Danser

may-31

« Danser.

Je ne sais pas très bien à quoi cela tient un danseur. Pourquoi ni comment quelque chose en soi résiste au-delà de tout, au-delà des soucis d’argent, de la solitude, du sentiment d’incompréhension et d’inutilité qui parfois submerge, de la vanité de toute cette énergie consacrée à témoigner d’une certaine vision du monde, d’une exigence ou plutôt d’une soif qui exige en soi. Je ne sais pas. Je sais seulement que je ne peux faire autrement, parce que autrement pour moi, c’est mourir. Or, j’ai choisi la vie.

Je comprends si bien comment par lassitude ou épuisement, les uns après les autres abandonnent et se replient vers l’ordre de la mort. Je connais cet harassement et ce dégoût de la répétition qui vient sans cesse interroger la qualité de notre exigence et de notre dignité d’homme. Et pourtant, ce sont ces intimes fatigues qui vous conduisent progressivement vers la nudité nécessaire à partir de laquelle le vivant peut nous habiter.

Humblement, il m’arrive de perdre courage. Cependant la danse me redresse et me tient. C’est l’unique façon que j’ai de ne pas complètement échouer à tenir cette promesse qu’est la vie, témoignant ainsi de cet absolu à notre portée qui est celui non pas seulement d’être heureux, mais vivant.

Vous parlez comme quelqu’un qui a survécu à un traumatisme et vit uniquement pour témoigner m’a dit un jour un médecin.

Je témoigne de cet absolu, n’en finissant pas de survivre à ce traumatisme qu’est le monde. L’absence de sécurité intérieure où j’ai perpétuellement vécu, m’a « contrainte » à tisser cet incroyable espace spirituel qu’est la danse, où je peux m’en libérer .

Elle m’a permis de me construire sur mes propres ruines dont chaque fragment m’appartient. Je suis entrée dans le plaisir intense d’accéder à ma propre vérité. Je sais désormais à quel point la vérité rend heureux et que chercher la sienne c’est aussi dévoiler celle des autres.

Danser seul me donne la légitimité d’être.

Je n’en ai aucune autre.

Cette part inaltérable en moi, personne ne peut la posséder, y compris moi même, elle m’ouvre un accès continuel à la connaissance qui est, à mes yeux, un autre nom de l’amour »

Lorette Nobercourt (ici, le verbe « danser » vient remplacer le sien qui est « écrire »)

Danse petit homme, danse

Danse petit homme, danse

« L’appel de ton âme »

509743 (3)

Il a passé ses 25° années en colère. Non celle sourde, prête à sortir au moindre dérapage, mais celle explosive, vivace et bien visible. Son corps est bien fait, homogène, sportif mais il le trahit très vite au moindre sentiment d’injustice et…tout est injustice. Ainsi il se crispe, se ferme, son visage se tend et se transforme, ses yeux sont méconnaissables et révèlent un étranger. Sur un acte anodin pour certains, c’est toute son histoire qui est prête à exploser, il n’est que haine et incohérence. Pourtant, au creux de lui, c’est tout a fait logique, il en est convaincu, il est en train de vivre une injustice et comment ne pas la dénoncer !? Qui le ferait? Nous ne devons pas rester ainsi impassible sous prétexte de conduites bienséantes !! Il en est persuadé. Son attitude est juste. Justifiée. Justifiable.

Parfois, il ne se l’explique pas lui même. C’est une tension envahissante qui prend tout son être et plus rien ni personne ne peut l’arrêter. La colère gronde et doit sortir, pas d’autre issue possible. Des interstices ça et là, des bribes de conscience qui lui soufflent qu’il va trop loin, mais le mal est plus fort, le mal a raison de lui, c’est au-delà de la raison et de toute forme de compréhension, c’est inscrit dans le corps, c’est réactivé, c’est inévitable. Il souhaite se venger du monde et surtout de lui même.

Il en a vaguement conscience et se conforte dans une sorte de déni. Il est fort. Il n’a pas besoin de psy. Il a lu quelque part qu’on peut être « résilient » et c’est ce qu’il choisit.

Il passe ses 1°années à tout casser, tout détruire. Le monde matériel mais aussi les relations qui veulent prendre soin de lui. Il a une histoire qui tient la route, une sacrée histoire qu’il ne cesse de proclamer haut et fort pour qu’on s’occupe de lui, qu’on s’attendrisse, qu’on l’excuse ; une histoire qui justifie ses pétages de plombs, ses colères et ses violences.

Il se perd dans la drogue, il se perd dans le mensonge, il ne voit pas qu’il manipule, il ne voit pas qu’il terrorise, il ne voit pas qu’il se détruit, il ne voit pas le mal crée, il a une histoire qui tient la route, une histoire qui tient la route, une histoire qui tient la route… et qui dit sa souffrance, c’est suffisant. Il a été une victime et il le restera, cela lui semble plus confortable que de regarder un peu mieux, différemment, au fond de soi ; que de soulever le couvercle en mode cocotte minute et d’opérer une déconstruction. Avanti !

Son allure sportive et ce groove qu’il a naturellement en lui, attirent les yeux de chorégraphes qui croisent son chemin. « Vous êtes danseur ? » – « Non pas du tout ! » – « Ha bon ? Vous devriez essayer, il y a quelque chose…en tous cas, lorsque ça sortira, il y aura quelque chose » – « ha »

Ça et juste Ça, cet échange, est une agression pour lui. De toute façon, tout devient très vite intrusif. « Non mais je rêve ! Il m’a vu !? Moi, danseur ! Et puis quoi encore ! j’ai que ça à foutre de ma vie ! Danser ! »

Il ne tient pas en place.

Il a faim de neuf, de mouvement permanent, de rencontre. Lui ce qu’il souhaite, c’est se barrer de Babylone et basta ! Il croit fermement que quitter ce pays lui ôtera cette colère qui gronde et qui se réveille à tous les coins de rue. Tous ces systèmes, toutes ces incohérences, ce sentiment d’enfermement, tout ce béton, il n’en veut plus ; Il a soif de voyage et d’espace, soif de marcher pieds nus et de se réveiller dans tous les jardins du monde. Il ne pense qu’à quitter, il ne pense qu’à fuir, s’oublier dans les plaisirs de la vie abusivement et vivre tous ses rêves dans un élan dangereux de Carpediem à outrance.

Il s’offre de nombreuses années d’exil, tout semble plus simple, moins angoissant, il se sent à sa place, enfin.

Tous ces pays répondent à ses rêves malsains de voyeurisme. Il prend ses 1° claques « occidentales » et chacune de ses rencontres le rend de plus en plus minuscule. Qu’a-t-il besoin de découvrir, de voir absolument là bas ? Cette soif de dépaysement l’écœure. Il se doit de revisiter ses motivations et donner un sens à ses voyages. Il a le goût des autres et des itinéraires. Il se sent aimanté par tous ces destins de vie, ces histoires improbables qui viennent se greffer à la sienne : Qui est-il ? A quoi cela tient-il d’être naît ici ou là ?

Il est absorbé par les cultures, leurs rituels de danse tantôt qui célèbrent tantôt qui permettent un exutoire. La danse et la musique sont omniprésentes dans chacun des pays qu’il traverse. Il sent la vie qui circule à nouveau en lui, il sent cet apaisement dans le corps où chacune de ses cellules vibrent le son lointain de ses racines. Il y a dans ces moments de vie un cadeau inestimable, celui de lui offrir du sens à sa présence, ici sur cette terre. Il sent pour une fois, cet endroit où apaisement et évidence sont possibles.

L’orgueil le ronge, la peur le tient, l’étau se referme peu à peu et son personnage tient de moins en moins la route, mais dans un élan surhumain, il maintient le cap ! Il préfère dépenser une énergie magnifique à paraître, ça en est bluffant. Il oublie très vite ce que la musique et la danse lui procurent et préfère retomber dans ses vieux schémas qui nourrissent la victime qu’il est. Non. Il ne sait pas nourrir le beau. On ne lui a pas appris.

Pourtant, il se laisse emmener dans un cours de danse africaine par son amie. Pour une fois, il ne bataille pas ; pour une fois, il range son personnage réac’. Il a certes envie de lui faire plaisir mais le fait qu’il y ait des percussions en live éveille sa curiosité.

Il est de ces moments où l’on se sent happé par une force qui nous dépasse et qui semble nous gouverner. Il apprendra avec la danse qu’on appelle cela « l’intuition ».

La rencontre se fait. Enfin.

Il n’est plus spectateur, il est dans le mouvement ; il laisse son corps se mouvoir au rythme des percussions, sensation de ne plus rien contrôler et de toujours avoir su. Son visage irradie comme jamais, il prend conscience de ses zygomatiques, de son souffle, de ce cœur qui bat la chamade, de ce sol, là, sous ses pieds. Il s’est beaucoup drogué et connaît bien ces états d’extases, mais là, ce qu’il vit, est procuré par le seul son du tambour et de son corps dansant. Il ressent une déchirure au niveau de son thorax, il ne peut retenir ses larmes de joie et de douleur. Il a mal partout, il court vomir de ce trop plein. Les autres n’existent plus pour une fois. Ce qu’ils peuvent penser lui passe au dessus pour une fois. Tout est plus fort pour une fois.

Il a toujours eu cette sensation de marcher à côté de son corps, de flotter au dessus du sol. Il était très au fait de son apparence physique, des formes qui semblaient plaire mais il n’avait jamais ressenti si fortement la vie puissante de ses tissus, l’existence de ses os, la contraction de ses muscles. Il n’avait jamais mesurer la vie en lui, qu’il y avait tout un monde, là aussi, pas uniquement un monde extérieur qui dicte ses pas. Il réalise qu’il peut lui même déclencher cette molécule du plaisir. En dansant, il se réapproprie son corps, il apaise sa tête qui tourne à plein régime, il a une raison d’être. Alors, secrètement, il fait un vœu et se fait la promesse d’apprendre et comprendre les rouages de ce merveilleux véhicule, non pour devenir danseur professionnel, il est trop tard pour cela, mais il sent que sa thérapie passera par là. Sa colère gronde à nouveau de cette rencontre nécessaire tardive…Comment cela est-il possible ? Pourquoi nous couper de tout tout le temps ? Quel est le sens de cette course folle vers l’éternité ? Cette fuite en avant de notre propre mortalité ?

La danse le rend vivant. La danse l’ancre, prometteuse pourtant d’extases.

Il sait que la nature et ses éléments lui donnent des réponses. Il sent que la danse sera un outil précieux de son existence, et à présent qu’elle lui a permis de retirer le couvercle, il sait qu’il doit apprendre à faire face à ses émotions. Les identifier, les libérer et les transformer. Il sait qu’il doit donc apprendre la patience et que la danse sera son meilleure alliée.

Le corps ne triche pas. Le corps est notre mémoire, notre présent ; il est porteur de message pour un avenir aligné et authentique.

Ainsi, telle une rencontre qui nous révèle, la danse est venue appuyer sur ses impatiences, ses résistances, ses démons, sa colère, sa rage, son inauthenticité, ses intransigeances, ses excès, ses dépendances, ses violences, ses mensonges, ses manipulations, sa dépression, ses somatisations, ses fuites, ses irresponsabilités, ses immaturités, ses pleures, ses peurs…bref…toute son humanité qu’il a passé tant d’années à enterrer parce que jugée trop ou pas assez ceci ou cela. La danse est venue mettre un coup de pied dans son armure, cette carapace inutile ; La danse est venue révéler un homme dans ses valeurs oubliées en le sommant d’être loyal, authentique, responsable, mature, entier, bienveillant, aimant et surtout d’oublier toutes ses vilaines certitudes…Déconstruire, apprendre à désapprendre, sortir de ce rôle si confortable de victime et se découvrir autonome et responsable, créateur de sa vie.

C’est un processus long, sans fin, mais la danse sera toujours là. Il a appris à écouter son corps. Il a appris à affiner cette écoute précieuse et à se laisser guider. Grâce au mouvement, il a pu entamer le processus de la guérison et affronter ses propres démons, revoir son histoire ; qu’elle soit révélatrice ou guérisseuse, la danse l’aide à porter un nouveau regard et à éclairer les angles morts.

Il n’a plus peur. Il est.

Le Pardon

4fa3185c17b0f418a18078ef21d4aaca

Je viens de tomber sur cette citation de Nelson Mandela.
Mon premier réflexe est de soupirer un « haaa oui…ben oui! ha bon!? ». 
Je passe à autre chose entre bougies et Bach et m’allonge avec cette tension dans le corps que je connais si bien. « Mais!?! »… »Oui d’accord »… « Mais…heu !?! »

Grosso modo je vois bien le processus global qui est protecteur en soi et qui cherche à nous préserver; Je rigole même jaunement de toutes ces fois où je suis retournée vers celui ou celle qui m’a mise à terre; Et pour être honnête, il y en a même qui s’emploient à revenir pour nous mettre à terre dès qu’ils sentent que nous nous sentons mieux! C’est inconscient off course! mais c’est là et c’est pas jouissif du tout!.Mais….et oui, mais.
Le « mais » vient de ce que je permets. Alors ok Nelson, là n’est pas le sujet! et je suis tout a fait d’accord. Mais n’est ce pas un sujet intéressant?!
Bref.
Ce que je souhaiterais partager avec toi mon cher Nelson, c’est cette notion de Pardon. Je la maîtrise probablement très mal puisque,encore aujourd’hui, je me bats les patouilles entre pardon et acceptation et que parfois, cela me prends beaucoup de temps à clarifier ce qui revient à l’un ou à l’autre.
Toujours est-il, vois tu, que je garde cet espoir que nous pouvons tous changer. J’ai probablement mis des gens à terre comme tu dis, mais jamais cela n’a été voulu ou préméditer ou que sais je encore! Ça a été. Entre inconscience, inconsistance, ignorance, croyance…j’ai crée cette douleur malgré moi. Pourtant, avec le temps, je suis heureuse d’être pardonnée et acceptée avec mes failles….je suis donc gratifiante que certaines personnes
me pardonnent. Ainsi, lorsqu’une personne qui « m’a mise à terre » revient avec un Pardon véritable*, je trouve dommage de ne pas ouvrir la porte et de renforcer cette croyance, tellement figée. Permettre à l’autre de se dire. Se permettre une interprétation erronée…et ainsi libérer de l’espace dans nos corps, tenter d’alimenter ce qu’il y a de vivant et aimant en nous plutôt que nous enfermer dans nos certitudes.

C’est un processus merveilleux qui permet de comprendre nos blessures, ce qui a été touché mais c’est aussi un indicateur prometteur de nos limites à connaître et apprendre ainsi à mieux nous écouter et nous préserver à l’avenir pour éviter une décision catégorique. Un tremplin efficace pour plus de discernement.
Alors oui. C’est très questionnant, bien évidemment,
et je n’ai pas les réponses, mais tout ce qui est radical me rend fébrile et je crois que tout se mesure et s’apprécie selon nos particularités et notre histoire. Ainsi, même si la colère est parfois constructive, Stp, Nelson, ne mettons pas de côté cette grandeur d’âme qui est de savoir se faire pardonner, se pardonner à soi même et de pardonner en retour.

*pardon véritable: oui, le « véritable » semble appartenir à tout un chacun…je crois que nous le sentons dans le corps, il y a un mouvement, une véracité qui ne nous trompe pas. C’est ce moment précieux où les mots respirent le plein, l’authenticité, le plus jamais ça…

 

 

 

L’énergie créatrice

ob_701bf055318d477eb6768124b1875e13_img-2149

« Si tu ressens de la peur, crée.
Si tu te sens triste, en colère ou perdue, crée.
Si tu es heureuse, crée.
Si tu reçois une inspiration, crée.
L’énergie créatrice te permet de transformer n’importe quelle situation. Dans un élan premier, tu exprimes ton monde intérieur, tes émotions, puis l’alchimie s’opère, du chaos naît la forme, tes incertitudes deviennent clarté. Les couleurs, les formes, les choix te surprennent. La matière te révèle ton identité profonde. »

Terre de Louve

Espace intermédiaire

Transition détachement renoncement nécessaire deuil profond changement nettoyage tri âme à nue s’acclimater assimiler désarroi tournant tremplin libérateur vague de la transformation tempête idéale bulle d’enfermement…Une fermeture qui ne va pas sans ouverture et dont nous seuls détenons les clés.

« Un espace pour devenir conscient des mouvements de guérison que ce soit en nous ou dans le collectif » 

Le-funambule-©-Sylvie-Huet

L’espace transitionnel, l’espace intermédiaire…le trait d’union entre le moment du choc et celui de l’acceptation…un inconfort qui marque nos premiers pas vers l’intégration…cadeau de Dame Expérience.
Cet espace pour aller vers un nouvel espace; Cet espace où nous sommes sans réponses et où seule notre intuition guide nos pas…une des façons de devenir plus sensorielle et affiner toujours, l’écoute de notre corps; Un moment privilégié que l’on tisse avec les voix de notre âme. Que crie notre âme? Que nous dit elle? Dans quel endroit de mon corps trouve t-elle refuge? Ne nous invite t-elle pas à créer, créer plus d’harmonie, créer plus d’équilibre et ainsi plus de joie?
C’est un espace riche, entre renoncements nécessaires des certitudes/croyances erronées ou limitantes et la naissance de prises de conscience ; Or, à ce moment là, si nous savons, nous ne pouvons pas forcément.
Le corps se fige, il digère et transmute. C’est inconfortable et douloureux.
A ce moment là, seule ma foi en l’impermanence nourrit mes parts blessées et seul un retour au corps et à la matière me permet de tenir.
La danse nourrit mes impatiences, la danse affine ma conscience corporelle et m’ouvre ce formidable espace du non-agir…parce que mon corps ne me trompe pas, non, il ne triche pas; parce que mon corps a toujours su et qu’il est le seul à pouvoir me dire ce qui est juste et bon pour moi; parce que mon corps est le témoin du temps présent.
Aujourd’hui, plus que jamais, c’est en lui que je trouve refuge. Aujourd’hui, plus que jamais, je le laisse m’indiquer les voies de la guérison.