S’alléger, s’honorer, se déployer

stages résidentiels en danse thérapIE

19/21 FEVRIER (complet)

et

23/29 juillet 2021

Metta Villa, Salies de Béarn

Une rencontre au cœur de soi. Non pas celle imposée mais celle choisie. Un plongeon salvateur, des décisions que l’on prend, des actes que l’on pose.

Une parenthèse…

Au cœur de la mouvance, une sublimation de l’impermanence, gageure de ta puissance

Un premier pas vers soi pour s’engager véritablement à plus d’indulgence et se l’offrir

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S’alléger, s’honorer, se déployer avec et grâce au mouvement; Le geste juste, nécessaire et spontané, l’évidence subtile qui t’habite et qui ne demande qu’à être

S’autoriser à écouter les messages de ton corps, s’autoriser à exprimer la danse de ton âme. Entends tu son appel? Saisis son invitation, il y a urgence

Libre

Féroce

Divine

Au plus près de toi et au centre de ton cœur, dans une nature sans égale, retrouvons nous le temps d’un week end et/ou une semaine en Danse thérapie et Expression de soi.

19/21 février (complet)

et

23/29 juillet 2021

Metta villa, Salies de Béarn

Un lieu propice pour ouvrir les Portes de notre inconscient et nous (re)connecter à l’essentiel…

Aidés d’outils spécifiques à la danse thérapie nous combinerons la profondeur du travail thérapeutique au monde riche et subtil de la création. Une approche pour renforcer notre permission d’être afin de nous rencontrer et intégrer les différentes parties de nous, leur redonner leur juste place. Dans ce va et vient permanent entre processus d’individuation (conscience du soi) et choralité (conscience de l’autre et de ses richesses), nous établirons ce dialogue nécessaire avec notre corps, nos émotions, notre mental et notre âme.

Un moment privilégié pour affiner l’écoute des messages que ceux ci nous chuchotent, taisent et/ou hurlent.

Un premier pas pour nous ouvrir à notre élan vital, nos rêves enfouis et nos dons qui sommeillent en chacun.e de nous.

Les stages seront également rythmés par des temps de relaxations guidées, des voyages sonores et des cercles de partage.

En juillet, une après midi sera vécue librement en plein cœur de cette nature époustouflante, à l’écoute du soi (r)éveillé. Nous accueillerons également un.e musicien.ne pour nous accompagner en live le temps d’une après midi improvisée.

Le thème spécifique pour chaque stage n’est pas encore définie. Il y aura bien un thème différent pour chacun d’eux.

Coté pratique

Hébergement en pension complète à réserver et régler auprès de Marc de Metta villa: https://www.mettavilla.fr/

Cuisine végane et végétarienne locales et bio

Début du stage le 19 février 19h (possibilité d’arriver dès 17h) et fin du stage à 17h le dimanche 21

Aucun niveau technique requis, stage ouvert à tou.te.s

Apporter plaids, châle, chaussures de marche

Places limitées à 12 participant.e.s

Tarifs hébergement + stage danse thérapie: 290e/week-end – 870e/semaine

100% remboursé en cas de restrictions sanitaires

« La célébration de toi sur cette Terre…Notre peur la plus profonde n’est pas d’être inadéquats, notre peur la plus profonde est d’être puissant.e.s au delà de toutes limites. C’est notre lumière et pas notre part d’ombre qui nous effraie le plus. Nous nous demandons qui suis je pour oser être brillant, magnifique, talentueux, fabuleux, mais en fait, qui suis je pour ne pas l’être »

Marianne Williamson

Dantza

Je suis heureuse de vous offrir le récit d’une expérience en danse thérapie dans ce qu’elle révèle et libère. Merci à D. pour ce besoin de sublimer son atelier à travers ses mots et d’accepter de nous les partager. Quand les mécanismes d’individuation et de choralité se font échos, reconnaitre leurs inconforts et œuvrer pour les équilibrer semble nous promettre plus de liberté d’être.

Jeudi 15 Octobre 2020 (Atelier de danse thérapie le Dimanche 11 Octobre)

J’ai dansé seule et entourée…

J’ai dansé les saisons, l’automne, l’hiver, le printemps, l’été… j’ai traversé le temps, circulé en mouvement au travers des cycles qui ne s’arrêtaient plus d’avancer… désorientée, déterminée, détériorée, désespérée, démenée, dépossédée, défendue, détendue, démembrée, déçue, dévitalisée, démesurée, détachée, défiée, délurée, dégagée, délivrée…

Quand j’ai retraversé l’automne, en dansant seule, j’étais intérieurement ébouriffée par les rafales de vent qui m’étourdissaient. Tout se passait comme si chaque bourrasque s’attaquait l’une l’autre, me secouant sans même me prêter attention, sans même avoir conscience de ma présence. Les yeux fermés, j’ai eu la sensation d’être un arbre. J’ai vu l’image de cet Etre aux branches brusquement dénudées, remuées de gifles débarquant des quatre points cardinaux, dont les racines s’emmêlaient tellement on le secouait de ça et là. Je n’avais pas l’impression d’avoir le temps de me poser pour savoir où j’étais, qui j’étais, comme si la météo environnante décidait de mon sort.

Une traversée surprenante qui a été chassé par l’arrivée de l’hiver, sans que j’ai eu le temps de digérer l’effet de cette tempête sur moi. Cette nouvelle saison s’est déposée sur moi comme un manteau lourd, freinant subitement mes mouvements, m’obligeant à me recourber pour porter et supporter ce poids. Tout s’est passé comme si mon élan avait été subitement stoppé. Chaque membre de mon corps s’est tendu et recroquevillé, apeuré et étouffé par un inconnu pesant et imposant. J’ai eu besoin de faire appel à ma force, sentir mes muscles, durcir mes membres, alourdir mes mouvements. Je me sentais en lutte.

Je ne sais pas si j’ai croisé une transition avec le printemps je n’ai en tout cas moi-même pas réussi à en créer une, je l’ai juste senti arriver. Je l’ai entendu arriver même, de son pas sautillant, comme un petit moineau qui s’approche en chantant. J’ai adoré comprendre que j’étais au printemps. J’ai soufflé, comme soulagée, j’ai senti mon corps sourire et s’ouvrir. Des images colorées se sont invitées à moi pour mon plus grand plaisir. J’ai eu l’impression d’être une graine qui germe et s’accroît, une plante qui s’allonge vers le soleil, abondamment nourrie et ressourcée. J’ai eu l’impression d’être un oiseau qui déploie ses ailes, qui s’allège dans le vent et prend place dans le ciel. J’ai ressenti une joie immense, une liberté de mouvement, une souplesse émotionnelle, une tolérance rassurante. Je sais que j’ai gardé les yeux fermés pour apprécier la douceur et le parfum de l’instant, et je me souviens aussi les avoir ouverts pour contempler l’environnement vivant. J’ai vécu cette saison intensément, stimulée de petits et grands bonheurs nourrissants. J’y serais restée, j’aurais voulu arrêter le temps quelques instants, laisser s’infuser toute cette saison un peu plus que les autres…

J’ai senti le rythme s’accélérer en moi, la chaleur de mon corps m’a exigé de ralentir, faisant place à l’été. Une saison pleine de pauses, dans laquelle j’ai eu besoin de me reposer, en m’adossant sur le sol, comme on s’étalerait sur le sable fin face au soleil. Je ne saurais pas quoi en dire de plus, je ne l’ai pas vu passer, comme des vacances trop vites passées…

Et l’automne a pointé le bout de son nez, me dérangeant clairement dans ma lancée, me rappelant désagréablement le fonctionnement cyclique de la vie, ses hauts et ses bas. Je me souviens m’être dit en dansant qu’au début de l’automne se niche mon anniversaire. Je n’ai pas pris le temps de le traverser, le temps m’a manqué, cette idée s’est comme échappée, j’ai dû avancer. J’aurais voulu m’y arrêter, me célébrer, me faire naître ou renaître. Ce sera peut-être pour une autre fois, le vent souffle, et m’étourdit à nouveau… C’est l’automne, puis l’hiver …

J’ai dansé seule, avec les autres…

Lorsque la posture de repli fut instinctivement choisie par chaque membre de mon corps, j’ai compris que l’exercice prenait sens en moi. Des souvenirs corporels connus ont rejailli, un étouffement que j’aurais bien laissé aux oubliettes et des tensions douloureuses dont je me serais passée. J’ai senti le groupe sauvagement s’approcher et m’entourer, fidèle à la consigne. J’aurais voulu que cette situation m’enlace, j’aurais voulu sentir une détente grâce à la chaleur de leurs corps ou un soutien collectif ressourçant. Ce fut autrement. Je fus prise d’une panique étrange, l’événement m’a paru menaçant. Etriquée dans mon corps, étouffée sans espace, j’ai eu peur de ce que je pourrais ressentir, mais le contexte et l’environnement humain m’assuraient une confiance à laquelle je me suis mentalement rattachée.

Pourtant, la situation n’a cessé de s’empirer. Quand une autre danseuse a saisi la suite de l’exercice qui consistait à  indiquer les endroits physiques à libérer dans mon corps, j’ai cru que ce serait un bon moment. En amont, à l’annonce de cette danse, j’étais ravie d’imaginer de pouvoir être guidée vers une liberté retrouvée, vers des mouvements souples, soyeux, doux. C’est d’ailleurs accompagné de ce vœux et de cet espoir que j’ai accepté de me plonger réellement dans un état de tension. Pourtant, ses gestes m’ont semblé envahissants, comme si j’étais plongée dans une dictature de mouvements imposés. Son insistance à tapoter ou orienter mon corps me dérangeait et ses agacements verbaux murmurés m’insultaient. Elle déposait lourdement son bras comme on étranglerait quelqu’un qui ose bouger quand on lui ordonne de rester immobile. Elle répétait tempestivement ses points d’appuis, comme une personne acharnée qui ne lâcherait pas le morceau. Je me sentais dépossédée de mes mouvements, je ne savais plus comment faire pour reprendre le contrôle de mon propre corps.

J’ai essayé de respirer, de souffler, pour me raisonner, pour me convaincre que ce n’était pas elle, mais la situation qui s’apparaissait comme prohibante. Des souvenirs d’oppressions insupportables me sont apparus. Comme si le cerveau prenait le relais, essayant d’analyser puis faisant rapidement corréler la situation avec des rencontres historiques vécues et subies dans le passé, et encore trop présente.  Ses tapotis ont eu le mérite d’être bénéfiques pour restimuler mon corps, et m’obliger à quitter ses pensées douloureuses.

J’ai réussi à accepter que j’avais le droit de refuser. Alors je l’ai exprimé avec mon corps, ou j’ai cru l’exprimer au travers de mon corps. J’ai gardé mes bras resserrés, j’ai balancé mon corps comme pour dire non, j’ai étendu mon corps pour l’éloigner. J’ai même choisi d’autres mouvements faussement amples, pour simuler une liberté retrouvée, croyant que si je lui prouvais ma liberté, elle me quitterait. En vain, ce que je faisais ne semblait pas lui convenir, elle insistait pour que j’exécute son souhait. Et pour me libérer d’elle, ou de la situation, mon corps s’est tût, j’ai lâché, j’ai arrêté de lutter. Mais je me suis sentie comme morte au fond de moi. Mon corps a agi comme un automate qui s’anime au gré des points stimulés par ses mains anonymes. J’ai détesté ressentir que cet autre avait pris mon être entre ses mains, j’étais déçue de moi, alors même que je croyais avoir réussi à accepter et exprimer mon désaccord. Sa présence était dérangeante, menaçante, insupportable. Comment a-t-elle pu ne pas entendre l’écho de mon corps révolté ? Comment a-t-elle pu observer mon corps avec si peu d’empathie à ce moment-là? Pourquoi a-t-elle pu s’autoriser à commenter et juger mes mouvements si intimes ? Pourquoi ai-je accepté de laisser cette situation s’installer ? 

J’ai choisi de m’effacer, comme si je m’éliminais temporairement pour supporter ce dialogue de sourd, et faire taire ce qu’elle représentait à ce moment-là. J’ai ressenti une colère profonde, je rêvais qu’elle me lâche, j’aurais voulu hurler pour qu’elle fasse un bon en arrière. J’ai ressenti une solitude intense et une insupportable déception vis à vis de moi-même. J’avais choisi une posture enfermante pour retrouver la sensation agréable de liberté déployée, mais j’ai été confrontée à une situation oppressante qui m’a fait m’écraser. Je me suis sentie devenir une ombre, son ombre. A moins que ce soit l’ombre de moi-même. J’étais pourtant arrivée avec un état d’esprit estival, joyeusement ensoleillée, profondément parée d’un sourire lumineux, solide et forte. N’ai-je pas accepté de me tenir solidement face à l’autre pour ne pas dévoiler au grand jour certaines blessures que je porte dans mon corps ? Ne me suis-je pas caché à moi-même, dans l’obscurité de mes yeux fermés, les cicatrices enfermées dans mon cœur ? 

Une fois fini, j’ai fait mine d’être encore présente, pourtant une partie de moi n’était plus là… je suis restée quelques temps entre ombre et lumière, ne sachant pas vraiment quoi faire de ces sensations, avec l’impression d’avoir perdu une partie de moi… et je l’ai retrouvé, avec joie et plaisir, et je me suis retrouvée, avec foi et désir, dans une danse avec moi-même.

J’ai dansé avec moi-même…

Je n’ai jamais su ressentir réellement si mon âme aspirait au monde extérieur ou si elle était contente d’être à l’abri dans mon fort intérieur.

Certes, j’aime être en lien, croiser des regards entre deux mouvements contraires, frôler des mains entre deux rythmes cassés, me laisser surprendre par l’énergie attirante d’une autre danseuse engagée et motivée. J’apprécie physiquement danser au contact de l’autre, mais je ne suis pas sûre d’être émotionnellement toujours prête à m’adonner à ces rapprochements. Cela me donne parfois l’impression de devoir m’abandonner pour accepter de rejoindre l’autre. Laisser ou quitter une partie de moi pour rejoindre l’autre. J’aimerais tant voir se coïncider moi et l’autre, être pleinement moi, avec l’autre, ne pas avoir à choisir ou jongler entre moi et l’autre. J’ai l’impression pourtant d’avoir enfin accepté mon droit de refus et même pris plaisir à comprendre que mon besoin était parfois autre. Par contre, je réalise à quel point il m’est difficile de l’exprimer, et quand bien même j’y arrive, le message ne passe pas comme je l’aurais souhaité.

J’ai l’impression de retrouver une grande liberté lorsque je ferme les yeux en dansant, comme si la lumière tamisée me permettait d’être. Face à l’Autre, je me vois être, je me vois faire, et le reflet de ce miroir me trouble encore. Son regard ne me dérange plus, c’est plutôt le mien reflété dans le sien. Alors je le brise en fermant encore quelques fois les yeux. Et je choisis encore bien souvent de regarder d’abord en moi, pour moi, d’être avec moi-même, pour moi-même… dans l’intention de voir un jour ce Moi exister pleinement près de l’Autre.

Je crois que j’ai encore besoin de prolonger la phase d’égoïsme positif dans cet espace où la danse me permet de me retrouver face à moi-même, ou plutôt en tête à tête avec moi-même. J’aime me nicher dans les profondeurs d’un souvenir, laisser infuser dans le corps, ressentir ces émotions passées me retraverser, et choisir de les accueillir ou de les chasser. J’aime me blottir dans les recoins de mon corps, si souvent maltraité dans le passé, aller chercher et vérifier mes limites, et retrouver les sensations de plaisir, de responsabilité. J’aime être actrice de mes mouvements, émotions et sensations. J’aime ressentir la plénitude que me procure certaines danses que je m’octroie. J’aime ces espaces et temps qui me permettent d’exister et de prendre plaisir à exister.  

D.

Les Burritos

F. a 6 ans.

Comme souvent, je ne sais pas en détail ce qui tracasse ces petits guides. Ils viennent sur l’atelier de danse thérapie et de conscience corporelle proposé par l’hôpital de jour, et répondent à une proposition intéressante de prise en charge holistique.

Je mets du temps à entrer en contact avec cette petite fille. Elle oscille entre débit de parole et mutisme qui rejette et signifie qu’elle ne veut pas. Lorsqu’elle ne veut pas, F. se braque, fait des petits pas jusqu’à se retrouver aculée au pied du mur en disant non et suçant son pouce. Je tente d’identifier les situations qui génèrent ce refus, cette impossibilité à entreprendre quoique ce soit ensemble. Certaines de mes demandes obtiennent une adhésion immédiate, d’autres amènent F. à se figer et signifier une peur qui émane de tout son être.

Je suis confuse à cet endroit.

F. a un doudou qu’elle me présente. Il est assigné à une chaise et ne doit pas bouger. Je tente maladroitement de l’inviter dans l’espoir qu’il créera le lien entre elle et moi, mais F. refuse. Doudou est là et veille.

Il y a des refus catégoriques et il y a des refus qui se diluent dans du pourquoi pas. La frontière est infime et je passe de nombreuses séances à observer F. afin de saisir celle où ça se dilue. Je m’abstiens très vite à lui formuler toutes demandes et dépose des propositions afin qu’elle les saisisse.

F. a 6 ans et déjà, elle sait qu’elle ne sait pas danser.

Constat.

Déjà!

Je reformule. F se braque. Elle sait qu’elle n’aime pas ça et elle sait qu’elle ne sait pas faire. Je vois toutes les conséquences d’une croyance si précocement installée à l’œuvre. C’est terrifiant. D’autant que je le constate également chez les ados aussi. Le mot « danse » est effrayant. Il induit une résistance dans le corps, dévoile l’estime que la personne à d’elle même et nous fait tirer de grandes conclusions.

Déjà.

Un seul mot a le pouvoir d’être empêchant.

Enfermant.

A lui seul, le mot « danse » peut affirmer que nous sommes « ridicules »…

Un seul mot et la croyance qui y est rattachée, ont ce pouvoir d’inscrire un mécanisme qui ne peut être que biaisé car toutes ces jeunes filles sont dans le mouvement et n’ont de cesse de créer.

Je m’oriente vers des séances supposées libres où je laisse F. découvrir tous les possibles avec des objets supports. Dans un premier temps, nous créons des histoires avec un ballon paille qui sera la métaphore du monde que l’on porte et dont on a le pouvoir de faire voyager. Ce monde, tantôt petit, tantôt immense pour ses petits bras, crée des formes limpides dans son espace proche mais aussi lointain, très lointain, lorsque F. décide de s’en débarrasser. Son corps se meut, sans cesse ; et les histoires qui y sont associées témoignent de la richesse de son imaginaire. Elle prend appui sur, virevolte, abandonne son corps, le laisse réagir. Il est ce lien inespéré qui structure et libère, qui permet un toucher qui se veut structurant pour son corps. Pour autant, elle s’ennuie vite, a du mal à se poser , tente différentes expériences sans les vivre véritablement.

Aujourd’hui, je propose à F. un foulard. Elle se replie, émet un non et dit clairement qu’elle n’aime pas. Je lui propose alors de prendre toute la poche qui en contient plusieurs et d’en faire ce qu’elle veut. F. s’émoustille instantanément et se dirige vers la poche. Elle les découvre tel un trésor et s’amuse de les voir voler, s’excite de ce désordre voulu pour finalement les mettre à plat anarchiquement dans l’espace. Nous prenons ce temps et j’observe F. dans cette minutie mais aussi la perspective que seule F. connait.

Elle prend le temps d’observer son œuvre et me propose de jouer aux Burritos. Je n’ai pas le temps de saisir ce que cela signifie qu’elle se place sur un tissu et s’enroule tel un burrito. Nous nous marrons des mouvements impossibles à réaliser pour nous déplacer, nous tentons l’expérience de rallier tous les tissus pour n’être qu’un seul burrito et nous apprécions le déploiement dont nous usons pour nous en débarrasser. Le jeu est sans fin, F. s’amuse à me figer telle une statue qu’elle charge de tissus et n’en peut plus de rire de voir ses statues momifiées en mouvement. Le mimétisme est un enchantement, nous varions les sensations tenues et celles relâchées en nous tractant à l’aide de ces précieux objets transitionnels que sont nos amis les foulards. Je savoure.

F. est sortie de son mutisme et me propose de rentrer dans son imaginaire. Elle a remplacé la parole par des rires et des formes corporelles et s’amuse à rassembler tous les tissus autour/sur/sous elle. Ses propositions dansées sont multiples, la musique nous entraîne et parfait cette bulle que F. vient de créer.

Au moment de clôturer cette séance, je lui propose une dernière mise en forme libre. Elle veut faire un ENOOOORME burrito en alignant tous les foulards. F. les dispose, son espace est structuré, l’ensemble est posé, réfléchi et élaboré. Elle a un projet et l’ennui n’a pas pu s’installer ce jour. Merveilleux.

Nous nous quittons sur le plus grand burrito géant du monde avec cette sensation d’être enfin « rassemblées « , un peu plus dans notre axe.

Merci magicienne F.

Pour aller plus loin…Les enjeux psycho corporels

F. présente un corps tantôt dispersé, qui ne tient pas en place dans la discussion, se met en mouvement, tourne sur elle même, tantôt en retrait excessif qui refuse toute communication ou engagement vers l’extérieur. Son corps se repli sur lui même, ses bras se posent en protection tendus devant son ventre, ses épaules s’enroulent et sa tête se baisse. On sent ici un manque d’harmonie entre sa faculté à se rassembler et sa disposition à se tourner vers l’autre avec un déploiement qui ne va pas de soi. La notion de rassemblement et de déploiement est abordé dans les schèmes de Bartenieff où l’équilibre entre le centre et la périphérie du corps est un point essentiel de nos réalités spatio-corporelles et par extension de notre être là. Il vient interroger notre individualité, à savoir notre adaptabilité à réagir aux différents stimuli de l’extérieur. S’y ajoute le concept de kinesphère, cette bulle malléable qui nous entoure et qui détermine l’ensemble de nos limites. Lorsque je me sens en sécurité, j’évolue aisément dans ma kinesphère qui peut facilement s’agrandir et dans laquelle je pourrais engager tout mon corps sans peur de me heurter à tout ce qui pourrait susciter une forme de repli. A contrario, (et pour vulgariser) lorsque je me sens agressée ou en danger, ma kinesphère peut être enfermante tant elle est proche de mon corps. Il y a une rétraction en défense de l’ensemble de mon corps.

Au niveau musculaire, G. D. Struyf aborde le rassemblement et le déploiement à travers les chaînes musculaires antéro-latérales (AL) et postéro-latérales (PL). Les éveiller ensemble permet de les harmoniser et ainsi nous évite d’être en excès dans l’une ou l’autre. « C’est par elles que l’enfant unifie les hémi-espaces droit et gauche, préalable indispensable à la constitution de l’axe « , Benoît Lesage; et se sentir aligné à son axe nous procure ancrage et sécurité, gageures de nos engagements, justes.


Typologies soutenues par les chaînes musculaires Antéro-latérales (AL) et Postéro-Latérales (PL)/ Benamou M. et Lesage B.2011 d’après Struyf G. « Les chaînes musculaires et articulaires » (SBORTM

Dans l’exemple de F., elle est soit l’une soit l’autre. Il y a peu ou pas de flux harmonieux entre les deux, elle bascule d’une réponse motrice à une autre et n’investit pas pour autant son corps. Les moments sont dispersés sans véritable cohésion, elle a du mal à se poser, rester dans son centre ; puis le déploiement vers l’extérieur jaillit, sans projet véritable et où ni l’espace ni son corps sont pour autant habités ou en cohérence avec ce qui se joue à ce moment là.

Cet exercice avec les tissus est un exemple précieux du cheminement vers lequel les chaînes AL et PL de F. se sont peu à peu équilibrées. On est passé d’un jaillissement de tissus, à une mise en forme progressive de ces derniers pour finalement les disposer dans l’espace avec un but précis. Entre temps, elle est passée plusieurs fois par le besoin de se rassembler en les regroupant tous au centre de la pièce ou en faisant « une piscine de foulards » dans laquelle elle pouvait se lover, s’y abandonner en toute sécurité.

Son récit moteur est d’autant plus intéressant que F. m’inclut dans son histoire et réagit à mes improvisations. Elle s’y adapte et les utilise pour se mettre en mouvement. Le récit est donc plus fluide, plus harmonieux et tourné véritablement vers l’autre, avec l’autre. F. est bien présente, dans une interaction adaptée. C’est une première dans nos séances où nous étions jusque là, soit en miroir soit en opposition, et où la fuite vers un ailleurs était constamment en latence. Se mouvoir et cocréer ensemble était jusque là compliqué., l’utilisation de ces objets supports l’ont rendu possible; F. était même déçue que nous n’ayons pas le temps de me faire expérimenter le burrito géant…