Danse petit homme, danse

Danse petit homme, danse

« L’appel de ton âme »

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Il a passé ses 25° années en colère. Non celle sourde, prête à sortir au moindre dérapage, mais celle explosive, vivace et bien visible. Son corps est bien fait, homogène, sportif mais il le trahit très vite au moindre sentiment d’injustice et…tout est injustice. Ainsi il se crispe, se ferme, son visage se tend et se transforme, ses yeux sont méconnaissables et révèlent un étranger. Sur un acte anodin pour certains, c’est toute son histoire qui est prête à exploser, il n’est que haine et incohérence. Pourtant, au creux de lui, c’est tout a fait logique, il en est convaincu, il est en train de vivre une injustice et comment ne pas la dénoncer !? Qui le ferait? Nous ne devons pas rester ainsi impassible sous prétexte de conduites bienséantes !! Il en est persuadé. Son attitude est juste. Justifiée. Justifiable.

Parfois, il ne se l’explique pas lui même. C’est une tension envahissante qui prend tout son être et plus rien ni personne ne peut l’arrêter. La colère gronde et doit sortir, pas d’autre issue possible. Des interstices ça et là, des bribes de conscience qui lui soufflent qu’il va trop loin, mais le mal est plus fort, le mal a raison de lui, c’est au-delà de la raison et de toute forme de compréhension, c’est inscrit dans le corps, c’est réactivé, c’est inévitable. Il souhaite se venger du monde et surtout de lui même.

Il en a vaguement conscience et se conforte dans une sorte de déni. Il est fort. Il n’a pas besoin de psy. Il a lu quelque part qu’on peut être « résilient » et c’est ce qu’il choisit.

Il passe ses 1°années à tout casser, tout détruire. Le monde matériel mais aussi les relations qui veulent prendre soin de lui. Il a une histoire qui tient la route, une sacrée histoire qu’il ne cesse de proclamer haut et fort pour qu’on s’occupe de lui, qu’on s’attendrisse, qu’on l’excuse ; une histoire qui justifie ses pétages de plombs, ses colères et ses violences.

Il se perd dans la drogue, il se perd dans le mensonge, il ne voit pas qu’il manipule, il ne voit pas qu’il terrorise, il ne voit pas qu’il se détruit, il ne voit pas le mal crée, il a une histoire qui tient la route, une histoire qui tient la route, une histoire qui tient la route… et qui dit sa souffrance, c’est suffisant. Il a été une victime et il le restera, cela lui semble plus confortable que de regarder un peu mieux, différemment, au fond de soi ; que de soulever le couvercle en mode cocotte minute et d’opérer une déconstruction. Avanti !

Son allure sportive et ce groove qu’il a naturellement en lui, attirent les yeux de chorégraphes qui croisent son chemin. « Vous êtes danseur ? » – « Non pas du tout ! » – « Ha bon ? Vous devriez essayer, il y a quelque chose…en tous cas, lorsque ça sortira, il y aura quelque chose » – « ha »

Ça et juste Ça, cet échange, est une agression pour lui. De toute façon, tout devient très vite intrusif. « Non mais je rêve ! Il m’a vu !? Moi, danseur ! Et puis quoi encore ! j’ai que ça à foutre de ma vie ! Danser ! »

Il ne tient pas en place.

Il a faim de neuf, de mouvement permanent, de rencontre. Lui ce qu’il souhaite, c’est se barrer de Babylone et basta ! Il croit fermement que quitter ce pays lui ôtera cette colère qui gronde et qui se réveille à tous les coins de rue. Tous ces systèmes, toutes ces incohérences, ce sentiment d’enfermement, tout ce béton, il n’en veut plus ; Il a soif de voyage et d’espace, soif de marcher pieds nus et de se réveiller dans tous les jardins du monde. Il ne pense qu’à quitter, il ne pense qu’à fuir, s’oublier dans les plaisirs de la vie abusivement et vivre tous ses rêves dans un élan dangereux de Carpediem à outrance.

Il s’offre de nombreuses années d’exil, tout semble plus simple, moins angoissant, il se sent à sa place, enfin.

Tous ces pays répondent à ses rêves malsains de voyeurisme. Il prend ses 1° claques « occidentales » et chacune de ses rencontres le rend de plus en plus minuscule. Qu’a-t-il besoin de découvrir, de voir absolument là bas ? Cette soif de dépaysement l’écœure. Il se doit de revisiter ses motivations et donner un sens à ses voyages. Il a le goût des autres et des itinéraires. Il se sent aimanté par tous ces destins de vie, ces histoires improbables qui viennent se greffer à la sienne : Qui est-il ? A quoi cela tient-il d’être naît ici ou là ?

Il est absorbé par les cultures, leurs rituels de danse tantôt qui célèbrent tantôt qui permettent un exutoire. La danse et la musique sont omniprésentes dans chacun des pays qu’il traverse. Il sent la vie qui circule à nouveau en lui, il sent cet apaisement dans le corps où chacune de ses cellules vibrent le son lointain de ses racines. Il y a dans ces moments de vie un cadeau inestimable, celui de lui offrir du sens à sa présence, ici sur cette terre. Il sent pour une fois, cet endroit où apaisement et évidence sont possibles.

L’orgueil le ronge, la peur le tient, l’étau se referme peu à peu et son personnage tient de moins en moins la route, mais dans un élan surhumain, il maintient le cap ! Il préfère dépenser une énergie magnifique à paraître, ça en est bluffant. Il oublie très vite ce que la musique et la danse lui procurent et préfère retomber dans ses vieux schémas qui nourrissent la victime qu’il est. Non. Il ne sait pas nourrir le beau. On ne lui a pas appris.

Pourtant, il se laisse emmener dans un cours de danse africaine par son amie. Pour une fois, il ne bataille pas ; pour une fois, il range son personnage réac’. Il a certes envie de lui faire plaisir mais le fait qu’il y ait des percussions en live éveille sa curiosité.

Il est de ces moments où l’on se sent happé par une force qui nous dépasse et qui semble nous gouverner. Il apprendra avec la danse qu’on appelle cela « l’intuition ».

La rencontre se fait. Enfin.

Il n’est plus spectateur, il est dans le mouvement ; il laisse son corps se mouvoir au rythme des percussions, sensation de ne plus rien contrôler et de toujours avoir su. Son visage irradie comme jamais, il prend conscience de ses zygomatiques, de son souffle, de ce cœur qui bat la chamade, de ce sol, là, sous ses pieds. Il s’est beaucoup drogué et connaît bien ces états d’extases, mais là, ce qu’il vit, est procuré par le seul son du tambour et de son corps dansant. Il ressent une déchirure au niveau de son thorax, il ne peut retenir ses larmes de joie et de douleur. Il a mal partout, il court vomir de ce trop plein. Les autres n’existent plus pour une fois. Ce qu’ils peuvent penser lui passe au dessus pour une fois. Tout est plus fort pour une fois.

Il a toujours eu cette sensation de marcher à côté de son corps, de flotter au dessus du sol. Il était très au fait de son apparence physique, des formes qui semblaient plaire mais il n’avait jamais ressenti si fortement la vie puissante de ses tissus, l’existence de ses os, la contraction de ses muscles. Il n’avait jamais mesurer la vie en lui, qu’il y avait tout un monde, là aussi, pas uniquement un monde extérieur qui dicte ses pas. Il réalise qu’il peut lui même déclencher cette molécule du plaisir. En dansant, il se réapproprie son corps, il apaise sa tête qui tourne à plein régime, il a une raison d’être. Alors, secrètement, il fait un vœu et se fait la promesse d’apprendre et comprendre les rouages de ce merveilleux véhicule, non pour devenir danseur professionnel, il est trop tard pour cela, mais il sent que sa thérapie passera par là. Sa colère gronde à nouveau de cette rencontre nécessaire tardive…Comment cela est-il possible ? Pourquoi nous couper de tout tout le temps ? Quel est le sens de cette course folle vers l’éternité ? Cette fuite en avant de notre propre mortalité ?

La danse le rend vivant. La danse l’ancre, prometteuse pourtant d’extases.

Il sait que la nature et ses éléments lui donnent des réponses. Il sent que la danse sera un outil précieux de son existence, et à présent qu’elle lui a permis de retirer le couvercle, il sait qu’il doit apprendre à faire face à ses émotions. Les identifier, les libérer et les transformer. Il sait qu’il doit donc apprendre la patience et que la danse sera son meilleure alliée.

Le corps ne triche pas. Le corps est notre mémoire, notre présent ; il est porteur de message pour un avenir aligné et authentique.

Ainsi, telle une rencontre qui nous révèle, la danse est venue appuyer sur ses impatiences, ses résistances, ses démons, sa colère, sa rage, son inauthenticité, ses intransigeances, ses excès, ses dépendances, ses violences, ses mensonges, ses manipulations, sa dépression, ses somatisations, ses fuites, ses irresponsabilités, ses immaturités, ses pleures, ses peurs…bref…toute son humanité qu’il a passé tant d’années à enterrer parce que jugée trop ou pas assez ceci ou cela. La danse est venue mettre un coup de pied dans son armure, cette carapace inutile ; La danse est venue révéler un homme dans ses valeurs oubliées en le sommant d’être loyal, authentique, responsable, mature, entier, bienveillant, aimant et surtout d’oublier toutes ses vilaines certitudes…Déconstruire, apprendre à désapprendre, sortir de ce rôle si confortable de victime et se découvrir autonome et responsable, créateur de sa vie.

C’est un processus long, sans fin, mais la danse sera toujours là. Il a appris à écouter son corps. Il a appris à affiner cette écoute précieuse et à se laisser guider. Grâce au mouvement, il a pu entamer le processus de la guérison et affronter ses propres démons, revoir son histoire ; qu’elle soit révélatrice ou guérisseuse, la danse l’aide à porter un nouveau regard et à éclairer les angles morts.

Il n’a plus peur. Il est.

Une réflexion sur « Danse petit homme, danse »

  1. Je surkiffe!
    2 petites précisions tout de même : Bizi Berria n est pas une institution, mais bel et bien une association. Au delà de la prise en charge que nécessite une institution, c’ Est un réel concept pour nous (de ne pas être « pris en charge » mais bel et bien acteur, décideur grâce à l entraide que je chéris tant.
    2 observation qui se doit d être soulevée : à Bizi Berria il n y’a pas de patients (qui espèrent aller mieux) mais des adhérents (qui font leur possible avec leur limite, mais qui ont commencé plus ou moins à digérer la pilule).

    Bon je pinaille, je pinaille mais c’est aussi pour ne pas répéter que j adore ta façon de penser, ta façon d écrire ce que tu penses… je suis trop ravie que Bizi Berria fasse partie de ton planning !

    Bon la méditation, je vais abandonné (pour l instant et sous ce format là). Pour toutes les raisons qui sont données : peur de pas trouver le temps, parce que je pense que c’est pas un truc qu on fait à l arach’ , peur du refus… et surtout peur de pas être à la hauteur si ça remue trop de chose… que faire ? Que dire ? Tu sais déjà dans les 50 noms… de repenser à certaines personnes, périodes … mais je suis sûre que tu comprends… aller c est pas grave peut-être plus tard 🤪🤪.

    Bon à plus !
    Bisous
    Julie

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