Où sont-ils?

Elle a dit : « Mon corps me fatigue, il n’oublie rien c’est pénible… » … « là, c’est sur, il ne pourra pas oublier ! Avec toute la danse qu’on vient de faire, ça va rester en moi. »…. « tu crois que c’est normal si ça reste ? …y a rien à faire, tout reste en moi, je vois quand il respire, je vois par où ça passe. Quand c’est bien, j’ai deux décharges électriques dans chaque bras. » V, 7 ans présentant des troubles anxieux

Elle a dit : « Je ne demande pas grand-chose, juste qu’on me reconnaisse et qu’on sache qui je suis dans cette classe, un prénom pas un numéro. Elle ne savait même pas que j’avais été hospitalisé et que j’avais quitté le lycée. C’est bizarre. Alors je me referme et c’est moi qui suis bizarre. » K, 16 ans, descolarisée, en surpoids

Elle a dit : « Tous ces regards et tous ces jugements m’oppressent, je ne comprends pas qu’on puisse passer son temps à critiquer. Aujourd’hui, on nous demande de mettre des masques alors qu’on en a tellement déjà. Je n’arrive pas être comme eux, normale. » C, 17 ans anorexique

Au skate park, il a fait : Un père avec ses 4 enfants s’agace violemment que son fils n’écoute pas ses conseils. En deux secondes, il lui saute dessus et le roue de coups de pieds et de gifles. Elle est témoin de cette scène et se fige. Les autres enfants continuent de skater l‘air de rien, habitués probablement de ce quotidien.

Dans la rue, elle entend : « t’avances connasse ou c’est moi qui vais te faire avancer ! »

Elle a dit : « Je ne sais pas où je peux crier. Quand je viens ici, c’est mon corps qui hurle et ma tête arrête de réfléchir. Où sont les espaces où je peux arrêter de réfléchir et être normale ? »P,17 ans, boulimique

Elle a dit : « Grâce à la danse, je retrouve des sensations oubliées. Je réalise que je me suis coupée de mon corps et que c’est devenu une machine. Je sens que tout circule à nouveau, c’est comme si j’étais vivante en dedans. J’aime cette sensation incroyable et en même temps, ça me fait très peur. Il n’y a pas d’espace dehors où je peux me permettre cela. » D, 17 ans, anorexique

Il a dit : « Arrête d’être ainsi, ce n’est pas normal »… « tu es trop… »

…Soupir

« Où sont les espaces de libre expression ? Pourquoi devons nous nous évader pour y avoir accès ? A trop vouloir être Normal, je suis devenu fou. Toute ces émotions en moi me submergent. Je me suis trompé de route. J’ai emprunté celle où on apprend à tout couper pour tenir et ne pas trop se démarquer. Faire table rase de la souffrance, celle qui pourtant indique à mon corps comment (re)devenir vivant. La dissociation corporelle a été salvatrice et j’ai eu un sentiment d’appartenance fort: celui des gens dits « Normaux ».

Avec la danse, je découvre une vie souterraine précieuse qui met le langage de mon corps et de tout mon être sur le devant de la scène. Il y a une véritable cohérence entre mon intériorité et son expression. Je peux être. Aujourd’hui, je suis en quête de ces espaces de pleine expression et m’emploie à ce que mon quotidien ne soit plus dissonant. J’ai compris qu’être Normal n’existait pas et que c’était pourtant un des mal du siècle ; J’ai compris que me comparer était une porte qu’il était inutile d’ouvrir et qu’accéder aux richesses de mon âme demandait toute mon énergie.

La danse me rend cette fluidité.

La danse me rend mon corps.

La danse me rend mes émotions. »

M, 45 ans, hyperhumain

2 réflexions sur « Où sont-ils? »

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