Espace intermédiaire

Transition détachement renoncement nécessaire deuil profond changement nettoyage tri âme à nue s’acclimater assimiler désarroi tournant tremplin libérateur vague de la transformation tempête idéale bulle d’enfermement…Une fermeture qui ne va pas sans ouverture et dont nous seuls détenons les clés.

« Un espace pour devenir conscient des mouvements de guérison que ce soit en nous ou dans le collectif » 

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L’espace transitionnel, l’espace intermédiaire…le trait d’union entre le moment du choc et celui de l’acceptation…un inconfort qui marque nos premiers pas vers l’intégration…cadeau de Dame Expérience.
Cet espace pour aller vers un nouvel espace; Cet espace où nous sommes sans réponses et où seule notre intuition guide nos pas…une des façons de devenir plus sensorielle et affiner toujours, l’écoute de notre corps; Un moment privilégié que l’on tisse avec les voix de notre âme. Que crie notre âme? Que nous dit elle? Dans quel endroit de mon corps trouve t-elle refuge? Ne nous invite t-elle pas à créer, créer plus d’harmonie, créer plus d’équilibre et ainsi plus de joie?
C’est un espace riche, entre renoncements nécessaires des certitudes/croyances erronées ou limitantes et la naissance de prises de conscience ; Or, à ce moment là, si nous savons, nous ne pouvons pas forcément.
Le corps se fige, il digère et transmute. C’est inconfortable et douloureux.
A ce moment là, seule ma foi en l’impermanence nourrit mes parts blessées et seul un retour au corps et à la matière me permet de tenir.
La danse nourrit mes impatiences, la danse affine ma conscience corporelle et m’ouvre ce formidable espace du non-agir…parce que mon corps ne me trompe pas, non, il ne triche pas; parce que mon corps a toujours su et qu’il est le seul à pouvoir me dire ce qui est juste et bon pour moi; parce que mon corps est le témoin du temps présent.
Aujourd’hui, plus que jamais, c’est en lui que je trouve refuge. Aujourd’hui, plus que jamais, je le laisse m’indiquer les voies de la guérison.

Engrammer la joie

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Le ventre, les frissons dans le dos, la cage thoracique avec mon coeur, les larmes au bord des yeux…🌸
Engrammer la joie et mémoriser en conscience les parties de mon corps qui s’éveillent et qui font « Wahouuuu »💥 à la réception d’un cadeau précieux;
Se laisser envelopper par les mots bienveillants de ceux qui me voient chaque jour et qui m’aiment pour ce que je suis et se souvenir de l’endroit du corps où ça fait « Wahouuuu »💥
Merci au Gem Bizi Berria pour ce moment de partage subtil et saisissant qui me rappelle un peu plus de la nécessité de valoriser le beau qui sommeille et rayonne en chacun de nous❤️. Le valoriser et nous dire…

Équilibre

La voie du milieu …

« Situations où les forces en présence sont égales ou telles qu’aucunes ne surpassent les autres »(Wikipédia)…

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C’est aussi la rencontre avec tous les possibles, où l’un ne peut exister sans l’autre et où l’un revalorise l’autre. Danser avec le tambour et danser avec les bols; danser la terre et l’eau, la (re)naissance et la mort; danser ma joie et ma tristesse…danser ce qui est et laisser mon corps prendre les commandes afin d’équilibrer un mental trop présent et/ou des émotions trop envahissantes…et trouver dans la danse le parfait trait d’union prometteur d’équilibre. Avec le mouvement, mon corps se fait le gardien du juste et me propose de vivre pleinement mes polarités en les faisant exister ensemble sans chercher à en condamner/ focaliser tantôt une, tantôt une autre. Je remercie un peu plus chaque jour cette permission d’être que la danse m’offre…
Dansons, dansons, dansons…❤…laissons le corps nous dire, laissons le nous révéler.

Le vent qui nous traverse

Le vent qui nous traverse

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Chercher au fond de soi ce qui fait « oui » et l’inviter chaque jour dans son quotidien. C’est comme apprendre à marcher, à parler, nous dire, aimer… Curieux (ré)apprentissage mais au combien passionnant autant que déroutant; Une forme de reconditionnement pour œuvrer chaque jour dans le sens du soi et de la douceur et ancrer véritablement qui nous sommes. Cela peut être long, c’est selon.

Mère Nature est divine en cela et m’aide à dompter mes impatiences. Elle m’offre des éléments inspirants, puissants et ainsi, j’accède à des immensités qui offrent à mon corps une sensation de « ré-union », où toutes les polarités peuvent exister et se vivre ensemble…Danser l’ Eau,  la Terre,  le Feu, le Bois, l’ Air et le Métal…danser pour, danser avec… Il y a ce que je ressens, leurs symboliques et l’histoire que je me raconte avec eux… mais il y a aussi un mouvement, un abandon, un « être avec  » qui m’offre une danse de l’instant, aux formes libres qui sont ce qu’elles doivent être. Danser avec les éléments et les laisser maître de mes mouvements, apprendre de leurs puissances et permettre à mon corps de les vivre. Le vent écossais aura été un merveilleux terrain expérimental. Et curieusement, le vent écossais est venu réveiller une danse de l’enracinement, une qui semble chercher ses propres racines…Gratitude douce Ecosse. J’ai aimé découvrir une danse différemment colorée, différemment savoureuse, incroyablement spontanée. Jules Beaucarne ne m’a pas quitté🕊 avec son Femmes et hommes, merci :

« Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents
Ne vous laissez pas attacher
Ne permettez pas qu’on fasse sur vous
Des rêves impossibles
On est en amour avec vous
Tant que vous correspondez au rêve que l’on a fait sur vous
Alors le fleuve Amour coule tranquille
Les jours sont heureux sous les marronniers mauves
Mais s’il vous arrive de ne plus être
Ce personnage qui marchait dans le rêve
Alors soufflent les vents contraires
Le bateau tangue, la voile se déchire
On met les canots à la mer
Les mots d’amour deviennent des mots couteaux
Qu’on vous enfonce dans le cœur
La personne qui hier vous chérissait
Aujourd’hui vous hait.
La personne qui avait une si belle oreille
Pour vous écouter pleurer et rire
Ne peut plus supporter le son de votre voix
Plus rien n’est négociable
On a jeté votre valise par la fenêtre
Il pleut et vous remontez la rue
Dans votre pardessus noir
Est-ce aimer que de vouloir que l’autre
Quitte sa propre route et son propre voyage ?
Est-ce aimer que d’enfermer l’autre
Dans la prison de son propre rêve ?
Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents
Ne vous laissez pas rêver par quelqu’un d’autre que vous-même
Chacun a son chemin qu’il est seul parfois à comprendre
Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Si nous pouvions être d’abord toutes et tous
Et avant tout et premièrement
Des amants de la Vie
Alors nous ne serions plus ces éternels questionneurs, ces éternels mendiants
Qui perdent tant d’énergie et tant de temps
À attendre des autres, des signes, des baisers, de la reconnaissance
Si nous étions avant tout et premièrement des amants de la Vie
Tout nous serait cadeau, nous ne serions jamais déçus
On ne peut se permettre de rêver que sur soi-même
Moi seul connais le chemin qui conduit au bout de mon chemin
Chacun est dans sa vie et dans sa peau
À chacun sa texture, son tissage et ses mots »

Le Moi-Peau

 Danse thérapie et expression  de soi:

Ma peau

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Le Moi-Peau d’Anzieu vient nous questionner sur notre aspect relationnel et identitaire en révélant ce système d’un point de vue sensoriel, contenant, limitant et caractéristique de qui nous sommes. C’est en effet, par ma peau que je ressens le chaud, le froid, l’air, un frôlement; c’est ma peau qui frissonne ou qui se tend, s’ouvre au dehors, à l’espace, aux autres. Dans son aspect contenant, elle vient signifier une limite infime entre mon dedans, ce qui s’y passe et ce que je donne à voir ou accepte de donner à l’extérieur. Elle protège mon intériorité et elle dit aussi qui je suis par sa texture, sa couleur, sa densité, ses empruntes et cicatrices. Bref. Elle ne cesse de me donner des informations, en permanence et se modifie à chaque instant, au moindre mouvement.

Aller à sa rencontre est venue nous donner une expérience supplémentaire de ma propre individualité au sein du groupe, des limites qu’elle propose et que je suis seul.e à maîtriser. Cela revient à questionner nos besoins fondamentaux mais aussi affiner l’écoute des messages que notre corps ne cesse de nous envoyer. Ainsi, je suis en mesure d’identifier instantanément mes besoins du moment qui demandent un nécessaire repli sur soi ou au contraire une ouverture à l’autre qui vient me nourrir, me révéler.

Qu’en est-il de l’entre deux? Cette frontière entre repli sur soi et  besoin de contact? Devons nous cloisonner nos attitudes et être l’un ou l’autre? Ainsi, comment être l’un et l’autre?

Voici ce que nous avons pu explorer lors de notre dernier atelier mensuel en danse thérapie. Nous nous sommes aperçus qu’il est souvent difficile d’agir en conformité avec notre ressenti mais au final…La voie (x) du cœur, l’intuition de notre cœur et l’instinct qui émerge des profondeurs de notre corps est venu nous rappeler ceci: La sagesse de nos corps sait et c’est une vérité qui demande d’avoir pour soi de l’estime, de l’amour et de la confiance.

Nous nous sommes appuyés sur ce beau texte de Jeanne Bennameur (étoffé pour l’occasion), comme une emprunte…et nous avons dansé, crée, révélé…C’était dense et beau, encore…

SAUVER SA PEAU

« Quand j’écris, (danse, dessine) je sauve ma peau.

Palpitante.

C’est la seule frontière au monde acceptable.

Celle qui respire entre le dedans et le dehors.

Vibrante.

Quand j’écris (danse, dessine) je la garde vivante pour pouvoir aller dans le monde.

La peau ne protège de rien.

Je sauve ma peau en (dansant) en lisant, en écrivant, en dessinant…(et tant de pratiques artistiques et créatives.)

La puissance des mots (et du mouvement) me donne force.

(Les arts sont là pour ça) pour que notre peau reste cette limite, fragile, à peine suffisante.

Les murs, les barbelés, les contrôles et les armes ne protègent pas.

Ils séparent c’est tout

Notre peau nous relie.

Notre seule vaillance c’est accepter de ne pas rester intact-es, que nos vies se côtoient, se heurtent ou s’éloignent.

Mais c’est dans ce mouvement que nous vivons.

Peau à peau.

Au risque de l’altération.

Toujours.

Sans ce risque, aucune altérité véritable

Sans ce risque aucune humanité véritable.

Je veux continuer à sentir le monde, être traversée, transformée par la vie des autres, leurs joies, leurs colères comme je suis traversée par le souffle de l’océan de la mer de Lybie.

Alors j’écris (je danse, je crée…)

J’y passe ma vie et c’est ma liberté. Quand je peux partager, c’est ma joie.

Aujourd’hui, plus que jamais, sauvons nos peaux d’hommes , de femmes.

Gardons-les libres, fragiles, éphémères. Il n’y a pas d’autres façons de vivre ensemble.

Chaque vie comme un poème précieux, imparfait.

A tenter chaque jour. »

JEANNE BENNAMEUR

Corps replié, corps déployé: L

L’histoire de chrysalide: L

J’ai à cœur de vous partager le parcours de L. C’est une envolée…C’est une tranche de vie. Un destin incroyable d’une jeune femme formidable, en quête de sens et d’espaces d’expression. Son hypersensibilité qui dans un premier temps a pu la faire vaciller, devient aujourd’hui une force, une raison d’être qui trouve sa pleine légitimité avec la danse. Continuez, oui, continuez d’œuvrer chaque jour pour la libre expression et la permission d’être.

Loie-Fuller

Il y a 2 ans et demi, L. est arrivée sur un de mes ateliers en danse-thérapie dispensés à la Clinique d’Amade. Elle a intégré le groupe des Reines sur la fin. Accompagnée de sa maman, L., si jeune, a participé à son 1° cours d’expression corporelle au sein d’un programme spécifique qui propose 10 ateliers aux usagers des différentes structures du pays basque, spécialisées dans les troubles psychiques.

L. est grande et élancée, pourtant, elle s’entraîne presque à vouloir disparaître tant on la sent rongée par la timidité ; Du coup, ses épaules sont courbées , sa tête se voûte et ses yeux ne quittent pas le sol. Elle relève parfois les yeux vers son interlocuteur mais on sent vite une gêne qui pourrait s’apparenter à une forme d’intrusion. L. est un mélange subtil de force et de fragilité. Je remarque vite la conscience qui l’ habite et sa volonté de s’en sortir.

Le groupe est bienveillant et accueille L. avec toute sa spontanéité et son humour.

Nous entrons rapidement dans le mouvement. L. s’y engouffre et en ressort à chaque fois plus forte, moins sur la défensive avec ce soupçon d’espoir dans les yeux d’avoir enfin trouver l’endroit qui saura être un allié : la danse.

Danser est aisé pour L.

Ancienne danseuse, elle redécouvre des sensations oubliées et s’accroche aux bénéfices de l’instant sans se laisser envahir par les possibles du passé.

En effet, il peut être difficile pour certaines danseuses de renouer avec la danse dans ces nouvelles dispositions du corps et de l’esprit. La maladie, un accident, marquent une rupture nette dans l’histoire de la personne et parfois, la danse, peut réactiver la mémoire de ce nouveau corps avec lequel nous devons (ré)apprendre à vivre. La danse offre en ce sens, un merveilleux outil d’intégration et permet à la personne d’explorer toutes ses capacités insoupçonnées…mais cela est possible, lorsque nous avons décidé de rencontrer ce nouveau corps, lorsque nous l’avons accepter et qu’enfin, nous ne demandons qu’à le transmuter. Sauter ces différentes étapes douloureuses mais nécessaires, nous engagent très rapidement dans un travail en force et nous n’avons qu’une idée en tête : retrouver ce que nous savions faire avant, ressentir ce que nous ressentions avant. Or, la danse thérapie nous engage parfois malgré nous, sur un tout autre travail et rapport au corps.

Ainsi, L. s’offre à la danse et ne semble pas en lutte avec ce genre de questionnement. Elle accueille avec amour, telle une bouée, ce nouveau sas d’expression.

Nous sommes en veille de proposer une restitution de nos ateliers dans le cadre de la Semaine d’Information sur la Santé Mentale (SISM). C’est une proposition et toutes les Reines acceptent ce défi malgré les quelques 120 pairs d’yeux présents. J’invite L. à se joindre à nous. Elle n’est pas obligée de me donner une réponse de suite, mais si son corps lui dit « oui », elle est la bienvenue.

Après nos 3 dernières séances, L. accepte et souhaite participer à cette restitution.

Je ne reviendrais pas sur les multiples bénéfices de cette restitution qui a été vivement applaudie et encouragée. La danse thérapie est née à la Clinique d’Amade grâce à la volonté de ces Reines magnifiques qui ont souhaité continuer la pratique. D’autres se sont joints à nous et aujourd’hui, un atelier hebdomadaire y est proposer.

Avec le temps, je sentais L. perdre en enthousiasme lors de ses venues aux cours. Elle venait de moins en moins. Nous avons alors discuté et, comme je m’y attendais, L. sentait ne plus avoir sa place au sein du groupe de la clinique. Elle souhaitait intégrer un autre cours, « dehors », mais ne savait pas encore comment ni où. Je comprenais l’évolution de son besoin et m’en réjouissais. En quittant ce cours, L. nous offrait à elle et à moi, un merveilleux cadeau.

L. a commencé à venir sur les ateliers mensuels de danse thérapie que je propose à l’extérieur. Elle semblait y trouver sa place et un espace de libre expression. Je l’observais évoluer dans ce nouveau corps qui trouve le déploiement et se positionne, j’appréciais la justesse de son regard présent à l’autre ; La prise de parole au sein du groupe, renforçait mon sentiment que L. cheminait vers une guérison prometteuse. Puis…plus rien.

L’absence de continuité est fréquente dans ce type d’accompagnement. Je ne m’en formalise pas même si je prends le temps de me poser et de réfléchir à cette rupture. Je fais moi aussi mon travail de discernement et tente de me souvenir des erreurs que j’ai pu commettre tout en faisant confiance au processus de chrysalide…J’opte pour un déploiement des ailes…

Quelques mois passent et L. me recontacte. Je la sens transformée, je suis heureuse d’entendre son assurance. Puis, je la sens tourner autour du pot et je lui demande si elle a quelque chose à me dire et effectivement, elle me dit qu’elle a l’impression de me trahir. Je souris. Je trépigne de ce qui va suivre et ses mots vont dans le sens de mes attentes. L. a intégré un « vrai » cours de danse hebdomadaire. J’exulte et lui partage ma joie.

Non L., tu ne me trahis pas bien au contraire ! Tu me donnes la force de poursuivre mes accompagnements en danse thérapie. Je n’ai pas la prétention d’offrir des cours de danse traditionnels, non. Juste, j’ose espérer pouvoir vous redonner un soupçon d’estime de soi, vous insuffler cette dose de confiance qu’il nous manque parfois pour jouir pleinement de ces espaces à « l’extérieur » ; ces espaces où la représentation du groupe peut être terrifiante et « empêchante », ces espaces où le groupe peut être ressenti comme étant envahissant tandis que nous pourrions nous nourrir de sa richesse.

Par la suite, L. me fait part de son besoin d’espace d’expression libre en plus de ces temps de cours qu’elle prend désormais régulièrement et…l’Univers est bien fait, une performance autour de l’Exil qui se jouera lors du grand week-end d’ Alternatiba avec 9 musiciens d’ici et d’ailleurs m’ait proposé ; Je ne suis pas sûre mais j’écoute ma petite voix qui m’incite à faire cette proposition à L.

L. accepte. L. vient. L. danse. Et même si la performance est annulée pour cause de pluie, c’est un bond en avant divin, la rencontre est faite et les perspectives prometteuses.

Les déclics qui font pshiiiiiiiiiiit….

« Ces parts de soi longtemps restées dans l’ombre et qui explosent en pleine lumière »

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C’est un détail. Un moment quasi imperceptible, une fulgurance, un rien qui dit tout. Le percevoir est un cadeau hors norme, quant à le vivre…

Il y a ce moment où tu danses et il y a ce moment où la danse te traverse. C’est le moment où tout s’embrase, comme si ton corps était coupé en deux au départ et qu’enfin, à ce moment là, tu lui permettais cette réunion, cette incroyable unification.

C’est comme si une part était retenue dans ses croyances limitantes, ses peurs liées au regard de l’autre, au jugement que l’on porte sur soi, cette part exigeante qui empêche et retient…à toutes ces barrières enfouies, parfois inconscientes et pourtant bien réelles ; tandis qu’une autre part, se voudrait, aspirerait à…, souhaiterait…On la ressent mais on ne l’éprouve pas. Non pas encore. Alors on poursuit le chemin de l’exploration sans trop savoir où le chemin nous mène mais convaincue qu’il faut le suivre. Incessant va et vient entre contrôle et voix critiques et cet idéal parfois caressé, subrepticement. Le corps sait, le corps se danse, le corps est danse.

Puis…

Puis…puis c’est là. Le déclic qui fait « pshiiiit »…C’est presque déjà passé. Insaisissable. Une fulgurance. Mais ça y est, ça s’est passé, c’est inscrit dans mon corps. A un moment je n’aspire plus à…et je ne suis plus limitée par….Mon corps a repris ses droits, le mouvement a eu raison de toutes ces parts enfouies au fond et en surface de moi, il s’est fait l’unificateur ultime, il m’a permis d’être et me libère. Une des danseuses de l’atelier du samedi m’a un jour écrit : « Je suis toujours bluffée d’explorer cette plage incroyable de liberté qui est offert et que je m’octroie. Des facettes, des parts de soi qui émergent (…) ces parts de soi longtemps restées dans l’ombre et qui explosent en pleine lumière »

Il y a l’espace de liberté offert par la danse et il y a ce changement qui s’opère dans le corps.

En tant qu’accompagnatrice, assister à cet instant là se passe de mots. Les frissons me saisissent, je souris avec béatitude et remercie encore et encore la magie accessible grâce au mouvement. C’est visible dans le corps de la personne, comme si le mouvement offrait une respiration mais ça l’est tout autant sur les visages des personnes. Les masques tombent. Nous n’existons plus. Fluidité et véracité s’inscrivent dans l’espace et nous enveloppent malgré nos propres résistances.

Je clôture une session de 5 séances de 2h en danse thérapie auprès des personnes en souffrance psychique et avant de faire « pshiiit », des tensions peuvent apparaître dans les corps, la salle se charge d’elle même d’une énergie différente ; corps en transition, corps en digestion, corps qui se remplissent de nouvelles informations et sensations, ni agréables ni désagréables…Accueil et résistance s’affrontent et puis..pshiiiiit…l’espace de création s’ouvre et tout devient possible.

Choralité et individuation

Choralité et individuation

Entre repli et ouverture

sankai-juku-2Il y a le groupe et « moi »…Un « je » qui ne saurait exister sans le « nous ».

C’est alors prendre conscience de cette nécessaire présence pour « être » et se réaliser; se saisir de cette force et de cette profonde humanité qui sait si bien nous envelopper. Le « Nous » qui nous révèle, le « Nous » soutenant, le « Nous » garant de sens, le « Nous » qui encourage…

Puis, il y a « Moi »…A quel moment puis je me saisir de mes propres signaux? Ceux qui me dictent un nécessaire repli, une écoute active de mes propres besoins? Comment me positionner par rapport à ce groupe pourtant bienveillant? Comment participer à cet élan de vie sans ressentir une forme d’intrusion? Comment affiner l’écoute de mes besoins fondamentaux? De quelle manière puis je acter une juste distance?

Par la danse thérapie, nous pouvons explorer ce va et vient incessant où le mouvement et l’instinct de nos corps viennent questionner cette limite tantôt « empêchante » tantôt porteuse et où choralité et expression singulière semblent indissociables… mais garantes, toujours, d’une beauté unique.

Ainsi, nous pouvons découvrir « qu’un manque de limites nous fait courir le risque d’éclatement permanent »…et que… »sous couvert de préserver le dedans, on peut aussi se priver des richesses du dehors » (Benoit Lesage)

Il y a ce que je pense, ressens et souhaite et il y a ce que le mouvement me révèle dans mes profondeurs intimes et inconscientes. La danse me permet d’acter véritablement mes trésors et mes fragilités et de les transmuter si je le souhaite. Se saisir de ce merveilleux langage du corps est un cadeau supplémentaire sur le chemin de la compréhension de qui nous sommes.

https://www.youtube.com/watch?v=2Bb0k9HgQxc

Lettre à mon corps

En 2016, j’ai eu la chance d’être invitée comme intervenante en Danse-thérapie par le Réseau de Santé Mentale du Pays Basque (RSMPB) pour leur évènement annuel autour de la santé mentale (SISM). Cette année là, le thème était: Santé physique, santé mentale, lien vital.
La danse-thérapie offrait une réponse parmi tant d’autres richesses.
Avec 5 magnifiques personnes appartenant à différentes structures, nous avons proposé une restitution d’atelier après 10 séances (seulement) d’expression corporelle.
A partir de textes écrits par des patients sur la thématique du corps, nous avons proposé une mise en corps de tous ces mots*.

Cette aventure magique s’est poursuivie avec la création d’un cours, un lundi sur deux à la Clinique d’Amade de 14h à 15h15. Les Reines ont voulu poursuivre, puis, d’autres personnes, de tous horizons, se sont joints à nous pour s’offrir un temps, à l’écoute de soi dans le mouvement, le leur.
Nous réitérons ce partage dès le lundi 11 septembre et, bien évidemment, vous y êtes tous bienvenus.

L’an dernier, nous avons présenté notre court métrage au 1°festival de courts métrages sur le handicap: Un certain regard.

Lettre à mon corps est le témoignage d’une aventure sans égal; Il sait révéler la part belle qui sommeille en chacun de nous…et notez que ces Reines n’avaient jamais pratiqué la danse auparavant.

Dans le cadre de la Semaine d’Information sur la Santé Mentale au Pays Basque, Clémentine Grassa, de la Cie Impermanences est…
YOUTUBE.COM

Nous n’avons pas gagné, mais tout ce que nous avons pu y découvrir valait toutes les récompenses du monde.
C’est ainsi que je souhaite vous partager celui qui a remporté ce concours.
Le voir et le revoir est un souffle, une respiration.
Je vous souhaite autant d’émerveillement qu’il m’a été donné de vivre en le découvrant…et insuffle par la même, mon vœu que tant de beauté perdure…

https://vimeo.com/212662503

Présenté dans le cadre du Festival de Films Courts Métrages « Histoire de Regards » sur le thème Métiers & Handicaps,…
VIMEO.COM

Corps repliés, corps déployés: M

Middelheim-42

Corps repliés, corps déployés: M

M.arrive en ce début d’après midi. Son pas est lourd, ses épaules sont lasses et rentrent en dedans, sa tête semble peser une tonne et ses yeux suivent le sol comme pour être sûre qu’elle ne tombera pas. Elle tente un regard vers moi, chuchote un « bonjour » et d’un coup, elle réalise.

Elle réalise sa présence, le pourquoi de sa venue et, sans pour autant redresser son corps, son visage me fait face et ses lèvres émettent un « Non, là, vraiment Clémentine, j’ai pas du tout envie. Je vais pas y arriver, je me sens lourde, je sais même pas pourquoi je suis venue ! ».

La lassitude qui l’habillait laisse place à une conviction à laquelle je pourrais moi même croire. Tout son corps se tend, son visage se crispe et retrouve ses tiques de la nervosité. M. tente de me convaincre un peu plus dans un bégaiement qui caractérise ces moments si particulier.

M. va commencer son atelier d’expression corporelle.

On se voit tous les 15j depuis plus d’un an, et, depuis plus d’un an, M. me dit combien elle n’a pas envie et qu’elle ne sait vraiment pas pourquoi elle est là. Je souris. Je lui souris et m’approche d’elle. Je pose mes mains sur ses épaules, y exerce une pression avec mes pouces pour dénouer ses petits muscles que je sens si tendus. Mes yeux rencontrent enfin les siens et je la crois : venir lui a demandé un effort considérable.

Même si le cours a lieu l’après midi, cela suppose un levé obligatoire et plus tôt que prévu. M. se connaît bien. Elle se connaît parfaitement et sait le temps que cela lui prendra de se sentir capable de sortir de chez elle.

Il faut d’abord qu’elle se prépare et se lève et ça et juste ça, c’est compliqué. Sortir de son état cotonneux, ressaisir son corps endolori par les médicaments, ce traitement si lourd lorsqu’on est schizophrène. Revenir malgré soi à cette réalité que l’on cherche à fuir coûte que coûte. « Elles me fatiguent en ce moment si tu savais ! J’en peux plus de ces voix Clémentine et en même temps, elles me font bien rire ! »

M. finit toujours par accepter ce nouveau jour qui s’annonce, mais aujourd’hui, elle doit retourner à la clinique pour son cours d’expression corporelle. Fait chier !

Elle a prévu le coup et ainsi, elle passera les 2 prochaines heures qui lui restent avant de prendre son bus à vérifier. Oui, vérifier. Vérifier que les cigarettes dans le cendrier sont bien éteintes, vérifier le gaz, vérifier que les fenêtres sont bien fermées, vérifier que les cigarettes dans le cendrier sont bien éteintes, vérifier le gaz, vérifier que les fenêtres sont bien fermées, vérifier l’arrivée d’eau, vérifier que les cigarettes dans le cendrier sont bien éteintes, vérifier le gaz, vérifier que les fenêtres sont bien fermées, vérifier l’arrivée d’eau, vérifier que les cigarettes dans le cendrier sont bien éteintes, finalement sortir le cendrier, vérifier le gaz, vérifier, vérifier, vérifier.

Quand elle sort enfin, elle ne peut s’empêcher de revenir chez elle et recommence à vérifier tout ce qu’elle a déjà vérifié.

M. arrive à son cours d’expression corporelle et M. n’a plus envie, elle est épuisée, ce triste jeu l’a éreinté et encore plus la conscience qu’elle en a. « Non, c’est vrai. Aujourd’hui j’ai vraiment pas envie. »

Nous rentrons dans la salle. Chacune se prépare et se retrouve vite sur les tatamis. M.n’est pas là. Comme tous les lundis, elle s’est éclipsée dans les toilettes. Elle revient dans la salle en soufflant, on sent dans son corps un agacement, ses membres semblent plus alertes mais un tantinet agacés.

J’expose le déroulé de notre atelier aux autres participantes.

M. ne nous quitte pas des yeux et on y lit effectivement cette interrogation journalière qui dit : « mais qu’est ce que je fouts là ? ». Comme tous les lundis, M. sort son sandwich acheté au coin d’une rue. Elle commence à le manger sans s’affoler du cours qui commence. Puis, dans un temps que seule M. connaît, son sandwich est avalé, digéré et M. est déjà avec nous sur les tatamis.

Son corps replié n’est plus. A présent il dit le combat qu’il va livrer, tel celui d’un boxer montant sur le ring. On sent une lutte mais pas une résistance. On sent une lutte, celle des combats qu’on se livre à soi même et aussi un « ok, je suis prête » mais ses yeux disent toujours la même chose…

L’échauffement est le moment le plus important, celui où je ne dois pas me louper. Soit je capte leur attention et les amène dans ces sphères insoupçonnées que le mouvement peut créer, soit je m’enlise avec elle dans ces yeux qui disent « qu’est ce que je fouts là ?».

On se concentre sur la respiration, on essaie un relâchement du corps dans sa globalité, on l’étire, on le masse, on le réaligne ; on se reconnecte à lui et on se souvient de sa présence.

Parfois, l’effet est immédiat et M.se remémore très vite le pourquoi de sa présence et s’en réjouit. Parfois, c’est un recentrage qui demande trop d’effort et tout ce bruit en elle l’agace plus que ça ne l’apaise. M. sort donc du groupe, s’assoit sur le banc et nous interroge avec ses yeux. Pourtant, le combat qu’elle semble se livrer à elle même, la pousse toujours à réinvestir le groupe et donc son corps.

L’univers musical a souvent eu raison de M.

Il la transporte.

Entre lutte et effort son corps esquisse des formes. Celles qu’il a l’habitude de faire dans un premier temps.

Cette autorisation nous permet à nous aussi de respirer, nous pouvons voyager toutes ensemble.

Vient alors le moment du laisser faire. Ce moment si particulier où notre tête ne gouverne plus les corps. Le corps a repris ses droits, les mots s’écrasent.

M. danse.

M. danse et ne pense plus.

Les mouvements s’enchaînent librement et sortent parfois par a-coup ; c’est son âme qui danse, son corps qui a (re)pris les rênes.

Quand la musique s’arrête, M. sourit.

Son buste s’est redressé, ses épaules se sont ouvertes, elle semble plus grande en taille. La peau de son visage est détendu, coloré, vivante et surtout, les yeux de M. ne disent plus la même chose.

M. est fière, M. ne veut plus s’arrêter.

La magie s’est opérée et elle est comme toujours, insaisissable.

Seuls les corps et les visages témoignent de ce changement radical.

Je me fais une promesse de partager un jour l’impact formidable du mouvement et me répète combien il serait merveilleux de photographier les corps avant et après la pratique.

Oui.

Nous clôturons la séance par un temps de relaxation ou de massage.

Les barrières sont tombées, le toucher n’apparaît plus comme inaccessible, le mouvement nous laisse entrevoir tous les possibles.

On a crée de l’espace à l’intérieur de nos corps endoloris, on sent cette douce énergie circuler librement et nos petites voix prennent moins de place qu’il y a une heure.

Du coup, les langues se délient, nous mettons plus aisément des mots sur nos maux, nous nous permettons des blagues et nous nous étonnons sans cesse de tout ce que ce corps a bien pu faire.

M.ne cesse de répéter des « c’est déjà fini !? » et, entre deux éclats de rire, nous dit combien ça lui a fait du bien.

M. repart.

M repart et je me souviens, un peu plus à chaque fois de cette expérience formidable que nous éprouvons ; Cette expérience du corps replié au corps déployé.

Merci M.